Point politique

Rentrée politique à Québec

Photo : Pascal Ratthé
Nombre de dossiers parlementaires auront un impact direct sur les conditions de vie et de travail des membres de la CSN.
Par François L’Écuyer
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La première année d’un premier mandat de la CAQ en aura surpris plus d’un. Malgré l’inexpérience de son cabinet ministériel, le gouvernement de François Legault a tout de même réussi à déposer un menu législatif plutôt costaud, rendant à terme – parfois sous le bâillon, il est vrai – plusieurs projets de loi. Somme toute, malgré certaines bévues, ses ministres n’ont pas multiplié les faux pas.

C’est probablement sur le plan budgétaire que les craintes du mouvement syndical étaient les plus élevées à l’endroit du gouvernement. Surfant sur les surplus entraînés par les années d’austérité et par une hausse inattendue des revenus de l’État, le ministre des Finances a pu saupoudrer des sommes ici et là. Les prévisions budgétaires d’Éric Girard entretiennent néanmoins de sérieuses interrogations. Malgré un réel réinvestissement au cours de l’année 2019-2020, la croissance des dépenses prévue pour les prochaines années ne pourra égaler la hausse des dépenses de programmes – ce qui risque fort de nous entraîner dans une nouvelle vague de compressions de services.

Alors que François Legault livre, en bonne partie, les engagements qu’il a pris en campagne électorale, son entêtement à imposer les maternelles 4 ans aura toutefois réussi à plomber l’aura de son gouvernement auprès de la population. Plusieurs coups de sonde ont démontré que les Québécoises et les Québécois tiennent fermement à leur réseau de la petite enfance.

Cependant, force est de constater que, selon les sondages, la population conserve une très haute estime pour le gouvernement Legault. Si des élections avaient lieu demain matin, il conserverait sa forte majorité de sièges, ce qui lui donne les coudées franches pour la rentrée parlementaire au cours de laquelle plusieurs projets législatifs seront poursuivis ou entamés.

Des orientations lourdes de conséquences
Nombre de dossiers parlementaires auront un impact direct sur les conditions de vie et de travail des membres de la CSN. En voici quelques-uns qui mériteront un suivi rapproché.

Les syndicats du secteur public doivent déposer leurs cahiers de demandes le 30 octobre prochain. Augmentations salariales et améliorations des conditions de travail et de pratique figureront parmi les priorités syndicales. Le projet de loi 33 portant sur les services essentiels, discuté en commission parlementaire le mois dernier, viendra modifier le rapport de force. En effet, à la suite d’une contestation juridique menée par la CSN, le gouvernement fut forcé d’abolir les seuils uniformes de services devant être maintenus lors de grève (comme le fameux 90 % dans les centres hospitaliers) pour revenir à la stricte notion de santé et de sécurité de la population.

Le ministre Boulet a été clair sur sa volonté de revoir la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST) et la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles (LATMP). Tant les acteurs patronaux que syndicaux seront à l’affût.

Le gouvernement est ferme dans son intention d’abolir les élections scolaires. Même s’il prétend ne pas vouloir fusionner certains des nouveaux centres de services appelés à remplacer les commissions scolaires, d’importants enjeux de gouvernance demeurent, notamment en ce qui a trait à une possible centralisation des lieux décisionnels.

Le gouvernement n’a toujours pas renié son engagement à revoir le mode de scrutin. François Legault indique toutefois que la nouvelle formule devra être soumise à un référendum en 2022, reniant ainsi son engagement à ce que les prochaines élections se déroulent sous un mode proportionnel mixte. Pire, le premier ministre affirme qu’il ne prendra pas position lors de la campagne référendaire.

Le recours du Groupe Capitales Médias pour se mettre à l’abri de ses créanciers aura illustré de façon fulgurante l’urgence d’apporter des mesures d’aide aux médias. La commission parlementaire tenue au mois d’août aura certes permis d’exposer la situation plus en détail, mais aucun projet législatif n’est à l’ordre du jour. Le comité ministériel, piloté depuis le printemps par le bureau du premier ministre et les ministères des Finances, de l’Économie et de la Culture et des Communications, a toutefois tous les moyens pour mettre en place les mesures de soutien à la presse écrite attendues depuis trop longtemps.

La dernière année aura démontré les limites du champ d’intervention de nos gouvernements quant à la protection de nos emplois. Quand ce n’est pas Ottawa qui tergiverse à octroyer des contrats à la Davie ou une société de la Couronne qui lève le nez sur Bombardier de La Pocatière, c’est François Legault qui demeure sans moyens devant l’exode des équipements et des emplois de Vélan vers l’Inde ou les États-Unis. Élu avec la volonté de renouer avec le nationalisme économique, on est en droit de s’attendre à plus de muscles de la part du premier ministre.

Le gouvernement a annoncé un plan détaillé de lutte contre les changements climatiques en 2020 ainsi qu’un chantier pour le recyclage et la consigne du verre et du plastique. Des interventions seront nécessaires dans une perspective de développement durable et de transition juste, notamment par un appui aux syndicats dont les milieux de travail seront affectés par ces transformations. La mobilisation sur les questions environnementales se poursuivra aussi au cours des prochains mois et la CSN sera au rendez-vous avec le collectif La planète s’invite au travail.

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