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15 juillet 2003 – Places à 5 $ dans les services de garde

  • 15 Juil 2003

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Places à 5 $ dans les services de garde

Au cœur de l’universalité : l’égalité des chances


Voici un texte signé par Claudette Carbonneau et Louis Roy, comité exécutif de la CSN, paru dans la chronique Libre opinion, du quotidien Le Devoir, de l’édition du mardi 15 juillet 2003.


Le 4 juillet dernier, MM. Breton, Boucher, Marceau et Migué publiaient dans ces pages un violent réquisitoire contre l’universalité des services de garde. Loin de nous l’idée de monter aux barricades pour cause de délit d’opinion. Là où il faut s’insurger cependant, c’est lorsque des intellectuels, qui revendiquent le droit de se livrer à de l’analyse, pervertissent la réalité pour asseoir leurs conclusions.

Le mérite du retour aux faits têtus

À les lire, les tenants de l’universalité, dont se réclame la CSN, seraient de dangereux idéologues du « tout à l’État », qui pourfendraient le secteur privé, fut-il sans but lucratif. Mettons ces messieurs au défi de nommer une seule garderie d’État dans le secteur de la petite enfance. Il n’y en a aucune au Québec.

Les services de garde que nous défendons avec beaucoup d’autres groupes, c’est l’approche des centres de la petite enfance (CPE) tels qu’ils se développent depuis leur création en 1997. Il s’agit aujourd’hui de près d’un millier de petites corporations privées sans but lucratif, gérées par une majorité de parents, élus par l’assemblée des parents utilisateurs. Loin d’être des gardes-rouge recyclés, il s’agit plutôt de citoyennes et de citoyens, au sens noble du terme, et de salarié-es qui ont à cœur de s’impliquer dans la gestion et l’administration de ces CPE et de s’investir au quotidien pour offrir à nos enfants un service éducatif de qualité.

Là ne s’arrête pas la liste des élucubrations. Ainsi en est-il de ce vieil épouvantail essoufflé, qu’ils brandissent une fois de plus, des prétendus intérêts corporatistes des travailleuses et des travailleurs en CPE découlant d’un virtuel monopole syndical, dans un secteur d’activité où le taux de syndicalisation est inférieur à la moyenne québécoise. L’idéologie dont se réclament ces quatre messieurs réserve généralement ce type d’accusations fourre-tout aux employé-es du secteur public dont les salarié-es des CPE ne font pas partie. Enfin, comment expliquer qu’à chaque rentrée, des milliers de parents réclament plus de places pour que leurs enfants soient admis dans des services de garde qui les pénaliseraient financièrement ? C’est peut-être que la bêtise n’est pas dans le camp où certains voudraient qu’elle loge.

Assez sur les nécessaires coups de plumeau pour tasser ou dénoncer les grossièretés qui tentent de déformer notre position. Allons maintenant sur le fond des choses.

Cette universalité que nous défendons

L’universalité d’un service ne peut se justifier par la seule volonté de faire échec à la pauvreté. Il est cependant indéniable que les personnes les plus vulnérables trouvent là un puissant levier d’affranchissement. Tant mieux.

Ce qui, depuis plus de 30 ans, motive la CSN à revendiquer l’universalité d’accès aux services de garde, c’est cette volonté d’offrir à l’enfance un service qui favorise l’égalité des chances, un service qui stimule le développement du plein potentiel des enfants. Ce que nous voulons pour tous les enfants du Québec, c’est ce coup de pouce dès le jeune âge pour toutes et tous, sans distinction sociale incluant les enfants uniques, ceux des familles immigrantes, ceux qui accusent des retards d’apprentissage, tant en zone urbaine que semi-urbaine ou rurale.

On peut bien nous opposer une obscure étude américaine qui décrit les effets bénéfiques des services de garde. Encore faudrait-il pouvoir nous renseigner sur les types de services qui ont été analysés. Aux États-Unis, le meilleur côtoie le pire.

Dans le champ des comparables, rappelons que le programme « High scope » qui a inspiré l’approche pédagogique retenue dans les CPE, a été soumis à de nombreuses études. Les résultats sont plus que probants au plan de l’initiative, de la socialisation, du développement intellectuel et moteur, de la capacité d’écoute, du langage, de la concentration pour ne mentionner que quelques facteurs étudiés.

Au Québec, pour consolider encore davantage cette qualité de l’approche pédagogique et administrative auprès des jeunes enfants, il est exigé dans les OSBL que les 2/3 du personnel répondent à des critères formels de formation.

D’abord au service des privilégié-es ?

Encore là, le meilleur antidote à la démagogie s’avère être le retour aux faits. Les CLSC ont des protocoles d’entente avec les CPE, pour y référer les enfants en difficulté, gratuitement s’il vous plaît.

De plus, une simple visite du site Internet du gouvernement permet de recenser les services de garde à 5 $. Il s’avère qu’ils sont au nombre de 5 et de 6 dans les très homogènes quartiers de Ville Mont-Royal et de Westmount, par opposition à 13 dans Hochelaga-Maisonneuve, 19 à Rosemont et 23 dans Villeray. À l’échelle du Québec, ces services sont très largement utilisés par la classe moyenne, qui a le mérite de les soutenir par ses impôts. Ce faisant, elle devient garante d’un service de qualité, offert à toutes et à tous. Les CPE sont nés d’initiatives citoyennes et populaires, et demeurent fidèles à leurs origines. Et il faut s’en réjouir.

La CSN sera de la consultation publique du mois d’août prochain. Nous y serons pour faire valoir d’indispensables améliorations au régime actuel, par exemple des modifications aux règles fiscales qui permettent au fédéral de sauver des dizaines de millions de dollars en contributions aux CPE du Québec. Mais la CSN y sera d’abord et avant tout pour y défendre cet irremplaçable levier de développement humain et de justice sociale que sont les services de garde. Elle y défendra aussi les services de garde en milieu scolaire pour éviter le retour des enfants « clef au cou ».

La CSN n’a pas de leçon de solidarité sociale à recevoir de qui ose invoquer la discrimination pour refuser de payer pour les familles avec enfant (s), de qui prône, en termes à peine voilés, le retour des mères à la maison. Les enfants du Québec méritent mieux que cela. C’est ce que nous ferons valoir.

La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau Le premier vice-président de la CSN, Louis Roy


Source : CSN  – 15-07-2003

   


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