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30 ans de négociations coordonnées dans le secteur de l’hôtellerie

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30 ans de négociations coordonnées dans le secteur de l’hôtellerie

Pour souligner cet anniversaire, rappelons-nous comment ce modèle a contribué, depuis ses débuts en 1986, à faire avancer les conditions de travail et de vie des professionnel-les de l’hôtellerie partout à travers la province.

Le préalable historique est l’arrivée massive à la CSN de syndicats d’hôtels, au début des années 80. Ces hôtels étaient auparavant affiliés au local 31 d’un syndicat américain, rongé par la corruption et les pratiques antidémocratiques. Entre 1980 et 1986, jusqu’à 10 000 travailleurs sont ainsi passés à la CSN par petits groupes lorsque leur convention collective arrivait à échéance. C’est en 1986 que des pionniers comme Lise Poulin, Gilles Duceppe, Jacques Lessard et plusieurs militants du secteur de l’hôtellerie ont pensé à unir les forces de tous ces syndicats pour négocier. Jean Lortie, secrétaire général de la CSN depuis 2011, également présent à l’époque, se souvient des discussions centrées sur l’idée de cesser de mettre les syndicats des différents hôtels en compétition et sur la nécessité de collaborer pour créer un rapport de force suffisant pour obtenir des gains pour tous les travailleurs et travailleuses.

Le début d’un temps nouveau

Le 10 avril 1986, les syndicats des hôtels membres de la Fédération du commerce (FC–CSN) se réunissent et adoptent le principe d’une négociation coordonnée pour l’année suivante. Le but principal de ces négociations étant évidemment d’établir un rapport de force avec les employeurs, vu le nombre important de syndicats et de travailleurs pouvant allier leurs forces. Chaque syndicat membre est ainsi libre d’adhérer ou non à une plateforme de revendications communes, qui ont pour but d’améliorer les conditions de travail dans tous les hôtels. Chaque syndicat profite tout de même de l’autonomie nécessaire pour négocier avec son propre employeur à sa table de négociation, mais ne peut accepter une proposition inférieure à la plateforme préétablie sans consulter les comités de négociation des autres syndicats, réunis dans un comité de coordination. C’est sur le thème « On est 4000 en ville » qu’a donc lieu, au printemps 1987, la première négociation coordonnée du secteur de l’hôtellerie. C’est d’ailleurs dans le cadre de cette campagne qu’a été créé le logo comportant cinq étoiles, qui est demeuré un symbole très fort dans le secteur de l’hôtellerie.

Au printemps 1990, alors que les conventions collectives émanant de la première négociation coordonnée viennent à échéance, se tient la première grande négociation provinciale des syndicats hôteliers, menée par Gilles Duceppe, coordonnateur du secteur de l’hôtellerie à la CSN. On élabore alors un système de classification des hôtels par catégorie et on avance le principe que les employé-es des hôtels d’une même catégorie doivent se regrouper et bénéficier de conditions de travail similaires. Effectivement, jusqu’à maintenant, les hôteliers étaient toujours en compétition entre eux par rapport aux conditions de travail des employé-es et non pas par rapport à la qualité du service offert. Ainsi, harmoniser les conditions de travail permettait d’avoir un certain standard dans l’industrie hôtelière et une saine concurrence entre les hôtels de même catégorie.

Se sortir de la misère

L’objectif premier des négociations coordonnées, affirme Jean Lortie, était de sortir les travailleurs de l’hôtellerie de la misère. Lorsqu’ils sont arrivés à la CSN dans les années 1980,plusieurs syndicats étaient mal en point. Travail au salaire minimum, pas de régime de retraite ni assurance collective, pas de congés maladie ni vacances, M. Lortie se souvient de ses débuts dans le domaine : « Quand vous étiez un travailleur de l’hôtellerie et que vous vouliez emprunter, vous aviez besoin d’un endosseur. On considérait que vous étiez à un point tel dans la misère, que vous ne seriez pas capable de rembourser un prêt, de financer une voiture ou une maison. Heureusement, ce n’est plus le cas aujourd’hui », affirme-t-il avec enthousiasme.

En 1999, après six ans de sacrifices de la part des travailleuses et travailleurs en raison du ralentissement de l’économie, l’industrie se porte mieux et est même en croissance. Les travailleurs du secteur de l’hôtellerie réclament donc que les bénéfices se reflètent également sur leurs conditions de travail. Les syndicats ont vite réalisé qu’ils avaient la capacité de paralyser une industrie qui recommençait à être lucrative après plusieurs années de crise. « Il y avait une volonté de lutter pour récupérer les gains perdus pendant ces six ans difficiles », soutient Jean Lortie. Ainsi, les négociations coordonnées ont permis de presque doubler les salaires entre 1999 et 2008, un gain substantiel pour les professionnels-les de l’hôtellerie.

La CSN derrière les travailleurs

Évidemment, l’implication de la CSN tant sur le plan financier que logistique est déterminante lorsqu’il s’agit du succès d’une négociation coordonnée. Le Fonds de défense professionnelle de la CSN (FDP) a effectivement été un outil de taille pour la mobilisation, la négociation, la formation et pour la visibilité avec laquelle les syndicats locaux ont pu faire valoir leurs revendications et gagner leurs luttes. À elle seule, une négociation coordonnée entraîne des coûts approximatifs de quatre millions de dollars. Au total, plus d’une dizaine de milliers de dollars du FDP ont été investis dans chaque syndicat à un moment ou à un autre où ces ressources étaient cruciales à l’obtention d’un gain pour les travailleurs.

Victoires et sacrifices

Les négociations coordonnées ont mené à la victoire les syndicats de l’hôtellerie, mais elles ont aussi apporté leur lot de défis en cours de route. « Les syndicats ont dû sacrifier une partie de leur autonomie pour assurer cette forte solidarité, un compromis politique important qui a exigé beaucoup de maturité des acteurs impliqués, explique Jean Lortie. Ce type de négociation a amené les syndicats à travailler ensemble, ce qui n’est pas naturellement acquis dans cette industrie compétitive, et à faire des compromis sur leurs objectifs de négociation à court terme pour l’intérêt collectif du secteur, à long terme. Effectivement, l’immense rapport de force qu’exerçait la négociation coordonnée sur l’employeur a permis plusieurs gains sur le plan des conditions de travail. La sixième semaine de vacances, l’ajout d’une journée de maladie, des hausses de salaire importantes, la reconnaissance des travailleurs par leur employeur et une prime de départ à la retraite ne sont que quelques-unes des victoires obtenues par les salarié-es du secteur hôtelier.

De nos jours, les jeunes qui commencent à travailler dans l’hôtellerie ne gagnent plus le salaire minimum pendant les vingt premières années de leur carrière, ils ne commencent pas leur vie professionnelle dans la misère, ils font partie de la classe moyenne, ont de bonnes conditions de travail et sont considérés comme essentiels au bon roulement de l’industrie du tourisme. Ils peuvent fièrement dire qu’ils participent à la création d’une richesse locale primordiale et irremplaçable pour la santé économique et sociale du Québec. Le tout, grâce au succès du modèle des négociations coordonnées et des luttes acharnées des travailleuses et des travailleurs syndiqués du secteur de l’hôtellerie. L’appui que leur a apporté la CSN a évidemment été d’une importance capitale tout au long de ces combats pour de meilleures conditions de travail. Tant pour la négociation et la mobilisation que pour la reconnaissance des travailleurs, les négociations coordonnées ont prouvé être un modèle efficace et un outil de taille pour mener à terme les luttes dans le secteur de l’hôtellerie.

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