Programme de l’expérience québécoise

À l’écoute ?

Depuis sa création en 2010, le PEQ s’avère un outil important pour assurer le recrutement et la rétention de personnes immigrantes.
Par Marie-Hélène Bonin
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Vu l’émoi soulevé dans l’opinion publi­que, le gouvernement caquiste a décidé de mettre sur la glace sa réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), ce que la CSN salue. Mais cela aura pris des jeunes gens en pleurs dans l’enceinte de l’Assemblée nationale pour que le premier ministre admette que le ministre Jolin-Barrette avait agi trop vite.

Or, l’opposition à cette réforme s’élève non seulement contre la forme cruelle de sa première mouture, mais porte également sur le fond, considérant l’apport essentiel des personnes immigrantes pour l’ensemble de la société québécoise. Depuis sa création en 2010, le PEQ s’avère un outil important pour assurer le recrutement et la rétention de personnes immigrantes, puisqu’elles sont déjà intégrées ou en bonne voie d’intégration au marché du travail et à la société québécoise.

La décision d’affaiblir ce programme, qui n’apparaît motivée que par la volonté politique de restreindre le nombre de candidatures admissibles à l’immigration permanente, est donc incompréhensible. Quoiqu’en dise la CAQ, la préservation d’un large accès au PEQ fait l’unanimité, autant chez les représentants des organisations syndicales que chez ceux des employeurs, des chambres de commerce, des entreprises manufacturières, des institutions d’enseignement secondaire, collégial et universitaire, des acteurs du développement régional et de l’action communautaire, des experts en immigration et des trois partis d’opposition.

Les projections de l’Institut de la statistique du Québec et d’Emploi Québec sont claires : en considérant l’évolution démographique actuelle et sans égard aux pénuries, le Québec doit compter sur l’immigration pour combler 22 % de tous ses besoins en nouvelle main-d’œuvre pour la période de 2017 à 2026, et ce, dans la perspective où les niveaux d’immigration d’avant 2017 seraient maintenus par la suite. Or, le Québec est déjà en déficit de recrutement migratoire depuis la chute des seuils d’immigration amorcée dès l’arrivée au pouvoir de la CAQ, sans considération pour les impacts que cela entraîne sur l’économie et la démographie. Déjà, des analystes ont observé l’avantage ainsi concédé par le Québec au reste du Canada. Pour plusieurs de ceux-ci, la réforme du PEQ devrait viser à atteindre des seuils d’immigration plus élevés plutôt que de s’en éloigner.

Dans ce débat, de nombreux intervenants ont fait valoir qu’une politique migratoire nationale ne peut viser uniquement à combler des besoins de main-d’œuvre à court terme ni à répondre à certaines formes de craintes identitaires. Si l’État québécois a réclamé d’Ottawa son droit de choisir ses immigrantes et immigrants, ce n’est pas pour ériger une forteresse ni demeurer une société de porteurs d’eau, mais pour mieux construire le Québec de demain. La nation québécoise a de nombreux motifs pour accueillir des immigrants : la démographie, la prospérité, la pérennité du français, le développement durable, l’enrichissement du patrimoine scientifique et socioculturel, le financement de nos services publics, l’occupation du territoire, le dynamisme des régions, l’édification sociale et nationale, l’aide humanitaire et la solidarité internationale ne sont que quelques-unes des autres considérations qui doivent tout autant guider nos choix.

Alors qu’une nouvelle version de réforme du PEQ doit être déposée par le gouvernement, le temps nous dira si celui-ci aura su faire preuve d’écoute.

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