Fusions d'établissement

Deux ans de réforme Barrette : tout ça pour ça?

3 avril 2017

Photo : Michel Giroux
Le 1er avril, la première des réformes lancées par Gaétan Barrette a eu deux ans. Dans chaque région du Québec, l'ensemble des établissements de santé et de services sociaux, toutes missions confondues, a été fusionné en un seul méga-établissement par région, sauf exception.

Le 1er avril, la première des réformes lancées par Gaétan Barrette a eu deux ans. Dans chaque région du Québec, l’ensemble des établissements de santé et de services sociaux, toutes missions confondues, a été fusionné en un seul méga-établissement par région, sauf exception.

Pour les citoyennes et les citoyens, c’est la perte de lieux où ils pouvaient intervenir, faire entendre leur voix. Le ministre s’est arrogé tous les pouvoirs dans le cadre de cette réforme et de celles qui ont suivi. Trois nouveaux projets de loi actuellement à l’étude ont pour effet de renforcer encore davantage ces pouvoirs. Contrairement aux promesses, aucune amélioration des services ne s’est matérialisée. Il devient même plus difficile de s’y retrouver alors que sont amalgamés le volet médical, les services sociaux, la prévention, les soins à domicile, les services à la jeunesse, la réadaptation, etc.

Et contrairement aux promesses, l’autonomie professionnelle des salariés-es n’est pas valorisée davantage sur le terrain. Le règlement des problèmes s’avère plus difficile, les gestionnaires locaux n’ayant  plus de véritable pouvoir. Tout doit passer par la mégastructure régionale. Les conseils d’administration sont quant à eux bâillonnés et ne disposent plus d’autonomie. En juin dernier, le président du c.a. du CIUSSS de l’Est-de-Montréal, Jean Landry, démissionnait au motif que «le modèle de gouvernance retenu par le Ministère pour les CIUSSS ne permet pas au conseil d’administration d’exercer son rôle et d’avoir une valeur ajoutée signifiante.»

À la même époque,  un groupe d’experts en santé publiait une lettre ouverte dénonçant «la centralisation à outrance, l’ingérence dans les décisions d’instances réputées autonomes et la concentration [des pouvoirs] entre les mains d’une seule personne», fruit de la réforme Barrette. L’omerta imposée aux gestionnaires, administrateurs et employé-es du réseau a aussi été largement décriée. Et pour couper court à toute critique, le ministre a même aboli le Commissaire à la santé et au bien-être, organisme pourtant mis en place par Philippe Couillard en 2005 pour évaluer la performance et la qualité du réseau!

Profitant de cette réforme, le gouvernement a par ailleurs ouvert la porte à la privatisation et à la sous-traitance de nombreux services de soutien. Aussi, les CLSC sont vidés de nombreuses ressources professionnelles au profit des Groupes de médecine de famille. Mais les patients dont le dossier est plus lourd et qui n’ont souvent pas trouvé de médecin de famille – justement parce qu’ils souffrent de plusieurs affections – demeurent au CLSC dans un contexte de réduction des ressources. Forcément, le personnel sera de moins en moins capable d’assurer des services de qualité. Le gouvernement planifie également l’ouverture de mégacliniques privées. Au fond, l’objectif final semble être de recréer des CLSC, mais cette fois au sein d’organismes à but lucratif, gérés exclusivement par les médecins!

Le gouvernement mise également de plus en plus sur des ressources communautaires ou privées, pour dispenser les soins à domicile. Malgré l’ajout de ressources dans les CHSLD, le manque de places demeure criant et met tout le système sous pression en plus de favoriser le développement de l’offre dans le secteur privé.

Bref, depuis son arrivée, le ministre Barrette  a, par ses réformes, dangereusement fragilisé le système de santé et de services sociaux. Et les politiques d’austérité du gouvernement Couillard ont rendu la situation encore plus intenable. Austérité qui, ceci dit, n’a pas atteint tout le monde… À preuve, les  hausses de rémunération mirobolantes négociées par le ministre Barrette avec les fédérations médicales et qui mettent à mal, elles aussi,  la pérennité du réseau.

Jean Lacharité, vice-président de la CSN

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