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L’enquête publique n’aura pas lieu

Mégantic est le fruit d’une enquête fondée à la fois sur les données probantes et sur un travail de terrain.
Par Marc Comby
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6 juillet 2013. À Mégantic, sur les hauteurs, un train sans conducteur de la Montreal Maine & Atlantic Railway (MMA) tirant 72 citernes de pétrole est immobile. Soudainement, les freins cèdent, le train avance, dévale la pente jusqu’au cœur de la localité et se couche. Le centre-ville s’enflamme. Le nombre de morts s’élève à 47.

De chez elle, Anne-Marie Saint-Cerny, recherchiste et militante au sein de la Société pour vaincre la pollution (SVP), doute de l’information véhiculée expliquant la tragédie. La cause : les freins auraient été mal enclenchés. Les coupables : des employés de la compagnie. Elle décide de se rendre sur les lieux pour en expliquer les causes véritables.

Mégantic, qui s’est vu décerner le prix Pierre-Vadeboncœur 2018 par la CSN, est le fruit d’une enquête fondée à la fois sur les données probantes et sur un travail de terrain. L’auteure situe le point de départ de la tragédie au 17 mai 2012, jour où William Ackman assoit son pouvoir sur le Canadien Pacifique (CP), un réseau de chemins de fer doté d’interconnexions de petits réseaux, dont celui de la MMA. Ackman, un homme d’affaires qui a profité de la crise de 2008 pour décupler sa fortune, a pour objectif premier l’accroissement de la valeur des actions au détriment du fonctionnement classique et sécuritaire du réseau ferroviaire.

Cette approche consiste à augmenter la longueur des trains, de même que leur rapidité, et à diminuer le nombre de travailleurs. Les trains, alourdis, sont amenés à rouler toujours plus rapidement, et ce, même si les rails datent de l’époque du transport du bois. Pourtant, en 2006, le Bureau de la sécurité des transports avait démontré les liens de causalité entre les accidents (déraillements) et la dégradation des chemins de fer.

Dans son enquête, Mme Saint-Cerny met au jour le maillage entre l’industrie ferroviaire, l’industrie pétrolière et le secteur financier. Une enquête publique a toujours été repoussée par les autorités fédérales, tandis que trois travailleurs de la MMA ont été accusés. De toute évidence, celle-ci n’aura pas lieu.

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