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Le travail comme passion

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Portrait | Centres de réadaptation

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Le travail comme passion

Les usagers dont s’occupe Laurier Courtemanche ont, pour la plupart, subi des accidents — parfois bénins, d’autres fois plus violents — et ont des séquelles importantes au cerveau. « Généralement, ils n’ont pas de grandes séquelles physiques, mais c’est surtout leur tête qui est endommagée. Ils souffrent de fatigabilité et peuvent avoir de la difficulté à organiser leur journée, ou à suivre une simple conversation, explique-t-il. Moi, j’interviens à la phase trois, à la RAIS (réadaptation axée sur l’intégration sociale), et toujours en étroite collaboration avec une équipe multidisciplinaire. C’est l’étape juste avant leur réintégration en milieu du travail. Chez nous, c’est un usager sur deux qui retournera sur le marché du travail. »

Les usagers qui fréquentent le centre Lucie-Bruneau vivent sans contredit des moments difficiles. « Ce n’est ni plus ni moins un processus de deuil auquel ils doivent faire face. Heureusement, la solution, c’est le temps, relate le kinésiologue. Il y a 18 fois plus de séparation chez notre clientèle que dans la société en général. Ça demande un immense effort d’adaptation autant pour la personne que pour sa conjointe ou son conjoint, ses enfants et sa famille ». Au centre Lucie-Bruneau, l’usager est au cœur des préoccupations. Les interventions sont adaptées à leurs besoins et la thérapie est propice aux confidences. « Souvent, les usagers ont le moral à terre et certains parlent de suicide. Je leur demande alors si je peux en parler en équipe multidisciplinaire pour qu’on puisse s’occuper de cet aspect aussi. »

Travailler auprès d’hommes et de femmes dont la vie vient de basculer du tout au tout peut parfois être difficile. « T’es fait ou t’es pas fait pour ça. Faut être passionné, ça c’est certain. Être constamment dans une relation d’aide, ça nourrit beaucoup, mais ça épuise aussi », note Laurier Courtemanche. Mais la passion est toujours au rendez-vous. « Même en vacances à Cuba, si je croise quelqu’un qui a un handicap, c’est certain que je vais aller lui parler. Ça me suit ! », explique avec enthousiasme celui qui prendra sa retraite dans quelques années.

Exercer le métier de kinésiologue en centre de réadaptation fait aussi réaliser que la vie est, malgré tout, bien faite. « Les gens développent d’autres compétences, trouvent une nouvelle voie. Même chose pour les proches qui n’ont pas d’autre choix que de s’adapter. Pour ma part, je suis toujours vigilant. Chaque matin quand j’enfourche mon vélo, je suis conscient qu’un accident peut m’arriver. »

Mais la véritable récompense vient quand les usagers — ceux avec qui les intervenants travaillent présentement ou les anciens — témoignent de leur reconnaissance envers leur travail. « Je me souviens d’une enseignante, victime d’un accident de vélo plutôt anodin — elle avait roulé dans un trou —, mais qui avait été sérieusement blessée. C’était une battante. Elle a réussi a réintégrer son travail, à raison de deux jours par semaine. Elle était revenue au centre pour nous dire que nous avions été une équipe extraordinaire. Ça, ça vaut pas mal plus que mon salaire aux deux semaines », relate Laurier Courtemanche, les yeux dans l’eau.

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