Nouveaux reculs du modèle québécois

Le projet de loi 70 visant à permettre une meilleure adéquation entre la formation et l’emploi ainsi qu’à favoriser l’intégration en emploi, n’a que son titre d’intéressant. Quand on s’attarde aux détails du projet de loi, on se rend compte qu’il représente un important recul du filet social québécois et du modèle québécois de partenariat avec les acteurs sociaux.

C’est la conclusion à laquelle en arrivent la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) dans un mémoire conjoint qui est déposé aujourd’hui (27 janvier à 16h15) à la Commission de l’économie et du travail. Les centrales syndicales souhaitent ardemment que les 16 recommandations qu’elles proposent soient prises en considération par le gouvernement.

Déposé le 10 novembre 2015 par le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS), Sam Hamad, le projet de loi 70 s’attaque aux personnes les plus démunies de notre société avec des mesures coercitives en plus de reléguer ses partenaires habituels, dont la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT) à un rôle de consultation.

Le projet de loi sur l’adéquation entre la formation et l’emploi prévoit aussi l’abolition d’Emploi-Québec, un organisme pourtant indispensable chargé de mettre en application les mesures et les programmes en matière de main-d’œuvre et auquel la Commission des partenaires est directement associée.

« Pourquoi réserver un rôle secondaire aux partenaires et grands acteurs du marché du travail? Questionne François Vaudreuil, président de la CSD. Avons-nous réellement besoin de rappeler au gouvernement que c’est grâce à la CPMT si le rapatriement au Québec des responsabilités consacrées à la formation professionnelle de la main-d’œProjetLoi-70uvre a été un succès. Nous avons toujours travaillé dans l’intérêt des Québécoises et des Québécois. Le retrait de nos responsabilités et l’abolition prévue d’Emploi Québec sont tout simplement inacceptables ».

Les centrales syndicales réitèrent qu’une meilleure adéquation entre la formation et l’emploi doit invariablement passer par la participation active des partenaires du marché du travail et du milieu de l’éducation.

Contrairement à certaines idées reçues, il existe déjà une grande collaboration entre le ministère de l’Éducation et les partenaires du marché du travail, représentés notamment, au sein de la Commission et des comités sectoriels de main-d’œuvre, ainsi qu’avec Emploi-Québec Les processus d’élaboration, d’évaluation et de révision des programmes de formation professionnelle et technique en sont de bons exemples.

« Aussi, est-il besoin de rappeler que l’adéquation formation-emploi, objectif auquel nous adhérons, ne peut se faire au détriment de la diversité de l’offre de formation sur l’ensemble du territoire et doit répondre aux besoins des individus et non seulement des entreprises. Nous croyons important de rappeler que l’adéquation formation-emploi doit aussi faire l’objet d’une attention particulière de tous les acteurs concernés par la formation continue dont la poursuite des travaux liés à la Politique gouvernementale d’éducation des adultes et de la formation continue est essentielle », rappelle Louise Chabot présidente de la CSQ.

Déresponsabilisation des entreprises

Le projet de loi s’inscrit dans la foulée des annonces qui ont été faites en mars dernier dans le discours sur le budget qui a réduit par ailleurs le nombre d’entreprises ayant l’obligation d’investir dans la formation. Cette décision a eu pour effet qu’aujourd’hui, à peine 8000 entreprises sur plus de 230 000 ont des obligations quant à la formation de leur personnel. Le projet de Loi étend l’application de la Loi sur la formation à la main-d’œuvre future, mais se désengage de ses responsabilités envers les personnes en emploi.

« C’est à une véritable déresponsabilisation de l’entreprise en matière de formation de la main-d’œuvre que nous assistons. Il va sans dire que nous sommes inquiets du contenu du projet de loi 70. S’il est adopté dans sa forme actuelle, les intérêts des entreprises auront préséance sur les besoins des personnes démunies, ce qui est inadmissible et irresponsable selon nous », clame Jean Lortie, secrétaire général de la CSN.

Un autre élément déplorable du projet de loi est le remplacement du Programme alternative jeunesse par le Programme objectif emploi. Ce nouveau programme se veut davantage coercitif et punitif envers les nouveaux demandeurs d’aide sociale. Ce projet de loi ne tient nullement compte des obstacles liés à la pauvreté et à l’exclusion sociale. Ce n’est sûrement pas en forçant le déracinement des gens de leur communauté sous la menace de réduire le montant des prestations déjà insuffisantes qu’on va favoriser une intégration en emploi durable.

« D’emblée, nous tenons à souligner que ces nouvelles mesures affecteront les personnes parmi les plus démunies de la société. Il va sans dire que nous n’adhérons pas à ce type de stratégie et nous dénonçons les modifications projetées. C’est pourquoi. Pour nous, le retrait de la partie II du projet de loi no 70 – celle qui modifie la Loi sur l’aide aux personnes et aux familles s’impose », affirme le président de la FTQ Daniel Boyer.

Le Québec rate sa cible

L’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) publie aujourd’hui un important rapport de recherche faisant le point sur les pratiques du gouvernement du Québec en matière de francisation et d’intégration des immigrants depuis 1991. La CSN, aux côtés d’autres organisations, a soutenu la réalisation de ce rapport. « Le gouvernement du Québec n’agit pas avec la cohérence et la rigueur requise pour la francisation et l’intégration des immigrants. Cette négligence a pour résultat de réduire la place du français dans la vie québécoise et de compromettre l’intégration des nouveaux arrivants à la société et à la culture québécoise. Nous faisons treize propositions de nature à corriger la situation », a déclaré Jean Ferretti, chargé de projet à l’IRÉC et auteur du rapport.

« Les Québécois s’attendent à ce que l’accueil et l’intégration des immigrants contribuent à enrichir la société québécoise, a-t-il poursuivi. L’inefficacité et les contradictions de nos politiques ne servent personne. Elles nuisent à la réussite du projet d’immigration des nouveaux arrivants et elles minent la cohérence institutionnelle requise pour que nos objectifs linguistiques soient atteints ».

Impact sur l’équilibre linguistique

Plus de 200 000 immigrants, soit 20 % de l’ensemble de la population immigrée du Québec, ne parlaient toujours pas le français en 2011. Ils étaient 159 575 à parler uniquement anglais et 43 255 à ne parler ni français ni anglais. Parmi eux, plus de 111 000 sont arrivés après 1991 dont près de 43 000 entre 2006 et 2011. « De tels chiffres laissent voir que, contrairement à son objectif de consolider le caractère français du Québec, la politique d’immigration menée depuis au moins 25 ans et la défaillance des programmes de francisation contribuent largement à l’anglicisation de Montréal », a constaté le chercheur.

« Il est donc inexact de prétendre que la population immigrée anglicisée serait celle des contingents anciens. Les arrivées récentes contribuent de manière importante au recul du français. Le Gouvernement du Québec a réduit la politique d’immigration à une question de volume en négligeant son impact sur l’équilibre linguistique », a précisé Jean Ferretti.

Le rapport établit que les personnes nées à l’étranger représentaient en 2006 14,2 % de la population de langue maternelle anglaise du Québec et 30,6 % de la population dont l’anglais est la Première langue officielle parlée (PLOP).

L’étude souligne que la concentration à plus de 70 % des immigrants sur l’île de Montréal et la baisse du poids démographique des francophones créent un effet de milieu qui rend plus difficile l’apprentissage du français par les immigrants et qui contribue à élargir le fossé entre un Montréal de moins en moins francophone et le reste du Québec.

Dans ce contexte, le rapport relève que plus de 40 % des immigrants déclarant ne pas connaître le français en arrivant au Québec ne s’inscrivent pas aux formations de francisation. Cette proportion est stable depuis 1991 et monte à plus de 50 % pour certaines communautés. Le rapport révèle aussi le déclin marqué de la fréquentation des cours à temps complet ces dernières années, qui passe de 13 230 inscrits en 2010-2011 à 10 759 en 2014-2015 constitue un phénomène inquiétant. « Depuis 2011-2012, alors que le nombre d’immigrants ne connaissant pas le français est en augmentation, le financement des programmes de francisation diminue dans l’ensemble des ministères concernés par la francisation (MIDI, MELS et MESS) », a fait remarquer le chercheur de l’IRÉC. C’est d’autant moins justifiable que parallèlement, sur la période 2010-2012 à 2014-2015, le ministère de l’Immigration a retourné environ 70 M$ de crédits autorisés au fond consolidé.

Une plus grande transparence

L’absence de moyens adéquats de contrôle de la qualité des apprentissages ne permet pas de mesurer le succès des mesures déployées. Plusieurs intervenants affirment que la formation est insuffisante. Le rapport demande une plus grande transparence dans la reddition de compte et estime que le ministère de l’Immigration devrait assumer un leadership plus ferme dans la concertation des divers ministères et intervenants communautaires. « Les moyens sont dispersés, les objectifs sont peu précisés et les moyens de mesure des résultats sont trop souvent défaillants, quand ils existent. » a relevé Jean Ferretti.

Ce rapport de recherche a été rendu possible en partie grâce au soutien de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), du Mouvement national des Québécoises et Québécois, de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et du Mouvement Québec français.

Les grands syndicats québécois au front pour exiger le retrait du Programme objectif emploi

À quelques jours du début des consultations publiques sur le projet de loi 70, Loi visant à permettre une meilleure adéquation entre la formation et l’emploi ainsi qu’à favoriser l’intégration en emploi, les centrales et les grands syndicats québécois ont la ferme intention de se faire entendre et se joignent à la Coalition Objectif Dignité pour exiger que le ministre Hamad retire le Programme objectif emploi du menu législatif.

Les porte-parole syndicaux étaient ce matin en conférence de presse aux côtés de ceux de la Coalition, forte d’une vingtaine d’associations et de regroupements nationaux de groupes sociaux.

Ils critiquent sévèrement le cœur du projet de loi 70, soit le Programme objectif emploi, qui obligerait les personnes qui font une première demande d’aide sociale à participer à un plan d’intégration à l’emploi. Celles-ci pourraient voir leur prestation amputée de moitié, aux dires du ministre Hamad, si elles refusaient de participer au Programme.

Selon les porte-parole syndicaux et sociaux, le Programme objectif emploi est odieusement empli de préjugés envers les personnes assistées sociales et représente un grave recul pour l’accès à l’aide de dernier recours.

« L’approche punitive du ministre Hamad ne fonctionnera pas. En 2005, sa prédecesseure l’a compris et a reculé. Les expériences du même genre, testées çà et là dans les pays occidentaux, n’arrivent jamais à remplir leurs promesses. Au final, il n’y aura de toute façon pas assez d’emplois disponibles pour tous les sans-emploi qui peuvent et veulent travailler. Soutenir le contraire est irrationnel », de s’indigner Serge Petitclerc, porte-parole de la Coalition.

Pour Véronique de Sève de la CSN : « Les mesures d’aide à l’emploi coercitives ne sont pas une solution et elles affecteront en particulier les femmes. En s’échinant 40 heures par semaine au salaire minimum, on n’obtient pas un salaire décent. Surtout que les femmes sont surreprésentées dans les emplois à temps partiel, ce qui accentue encore leur précarité économique. La hausse de fréquentation des banques alimentaires par des personnes détenant pourtant un emploi témoigne de l’émergence des “travailleurs pauvres”. Et, faut-il le rappeler… ce sont surtout des “travailleuses”. »

Selon Louise Miller de la FTQ, « il est particulièrement odieux que l’on s’attaque de nouveau aux plus pauvres de la société. Ce gouvernement a retiré l’obligation faite aux petites et moyennes entreprises de former leur main-d’œuvre considérant que c’était un irritant pour les entreprises et qu’il valait mieux privilégier les mesures incitatives, mais choisit de faire l’inverse pour les assistés sociaux! Deux poids, deux mesures, comme c’est malheureusement le cas pour la plupart des politiques de ce gouvernement. »

Quant à Régine Laurent de la FIQ, la pauvreté est un vrai fléau auquel il faut s’attaquer en amont, tout au contraire de l’approche punitive du projet de loi 70. « Il existe un lien étroit entre la santé et la pauvreté. Il est vrai que la pauvreté peut résulter de conditions défavorables, comme un mauvais état de santé, mais elle engendre également un cercle vicieux puisqu’elle restreint l’accès à de nombreuses ressources. Avec ces nouvelles coupes à l’aide sociale, le gouvernement va juste empirer la situation et punir celles et ceux qui n’en ont déjà pas assez pour survivre. »

Carolle Dubé de l’APTS renchérit : « Ce projet de loi ne repose pas sur une volonté réelle de sortir les gens de la pauvreté. À l’APTS, nos membres sont bien placés pour constater les ravages de la pauvreté sur la santé de la population. Les travailleuses sociales, les psychologues et les physiothérapeutes, entre autres, qui œuvrent auprès des personnes en difficulté financière savent que la situation se dégrade. Au Québec, les personnes pauvres ont une espérance de vie en bonne santé plus courte de huit ans par rapport à celle des personnes issues de milieux favorisés. En effet, les personnes pauvres ont deux fois plus de risque d’être atteintes d’une maladie grave ou de mourir prématurément que les personnes plus favorisées. Plus un individu vit longtemps dans la pauvreté, plus les dommages à sa santé risquent d’être importants. S’attaquer aux injustices sociales, c’est lutter pour améliorer la santé des Québécois. Il faut dire non à l’appauvrissement. Non au projet de loi 70 », indique la présidente de l’APTS, Carolle Dubé.

Pour la vice-présidente du SFPQ, Denise Boileau, de nombreux aspects du projet de loi 70, notamment en ce qui concerne les modalités d’application des sanctions vis-à-vis les personnes participantes au Programme objectif emploi, ne seront précisés que par règlementation, ce qui pose problème car ce sont les agents d’aide dans les CLE qui porteront l’odieux de « défricher » les modalités d’application du projet de loi. « En ce moment, cette perspective est inquiétante surtout au vu des déclarations du ministre Hamad dans les médias au moment du dépôt du projet de loi. Cela me laisse donc craindre que tout le fardeau des pressions politiques, qui ne manqueront pas de survenir avec un tel flou, reposera sur les épaules des agents des CLE. Le gouvernement met tout en place pour que ces agents se fassent pointer du doigt pour leur arbitraire alors que c’est le manque de directives initiales connues qui sera responsable. »

Le vice-président de la CSD ajoute : « On a appris cette semaine, grâce à l’Institut canadien d’information sur la santé, que les médecins ont obtenu une hausse substantielle de leur rémunération grâce à un faux prétexte, un exode de médecins vers les autres provinces. Avec pour résultat qu’avec une richesse moindre que les autres provinces, le Québec paie maintenant mieux ses médecins que ses voisines. Un détournement de l’argent de nos impôts vers les plus riches de notre société. Nous disons simplement qu’il vaut mieux utiliser l’argent de nos impôts pour mieux soutenir les plus démunis, réduire les écarts de richesse et tout le monde en bénéficiera ».

Mario Beauchemin de la CSQ affirme quant à lui : « Voici un autre projet de loi, improvisé et sans fondement scientifique, qui favorise encore une fois l’accroissement des inégalités sociales. Il semble n’y avoir personne au Conseil des ministres pour se rappeler qu’il s’agit là d’une politique d’insertion en emploi dépassée et d’une autre époque. Personne ne semble faire de lien entre pauvreté et désinvestissement en éducation, en petite enfance et en enseignement supérieur? Ce gouvernement préfère faire la lutte aux pauvres plutôt qu’à la pauvreté. Que faut-il pour le convaincre de l’importance de lutter contre la pauvreté? »

« Avec Objectif emploi, le gouvernement espère économiser 50 millions de dollars sur le dos des personnes qui ne seront pas en mesure de se conformer au plan d’intervention que le Ministère leur imposera. C’est de toute évidence en comptant sur les personnes qui ne recevront plus de soutien et qui seront laissées à elles-mêmes, sans revenu ou avec un revenu inférieur aux 623 $ de prestation, que le Ministère a fait ses calculs », conclut Yann Tremblay-Marcotte, porte-parole de la Coalition, qui se questionne sur les véritables intentions du ministre Hamad.

Pour toutes celles et ceux qui étaient présentes ce matin, il est inconcevable que le gouvernement pousse sa logique d’austérité au point où il envisage à nouveau d’appauvrir les plus pauvres de notre société.

« Nous demandons au ministre Hamad de retirer le Programme objectif emploi et de plutôt profiter de l’élaboration du prochain Plan d’action gouvernemental en matière de lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale pour mettre en place une véritable réforme de l’aide sociale au Québec », de conclure les porte-parole de la Coalition Objectif Dignité, qui invitent la population à une grande manifestation le 27 janvier prochain à 11 h 30, date du début des consultations publiques sur le projet de loi 70 ( https://www.facebook.com/events/930074143706535/).

Les travailleuses de la Villa Saint-Alexis votent en faveur de l’entente de principe

Après neuf semaines d’une grève ayant débuté le 14 novembre dernier, les 30 travailleuses de la Villa Saint-Alexis se réjouissent de la conclusion de l’entente de principe intervenue le 15 janvier dernier et entérinée à 76 % en assemblée hier soir. « Les employées de la Villa ont tenu leur bout et sont parvenues à une amélioration significative de leurs conditions de travail en obtenant une réponse positive à l’intégralité des demandes communes de la négociation coordonnée », souligne avec bonheur la vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), Nadine Lambert.

Des gains concrets
« Le salaire de ces travailleuses sera ainsi augmenté de 1,50 $ sur trois ans et la date d’échéance de la convention collective, au 31 mars 2018, contribuera à améliorer le rapport de force de l’ensemble des syndiqué-es de la FSSS-CSN du Québec qui participeront à la prochaine négociation coordonnée », souligne avec beaucoup d’enthousiasme Gilles Gagné, le représentant du secteur des centres d’hébergement privés de la FSSS-CSN. Notons que l’entente reconduit aussi la formation systématique des employées et le comité de relations de travail, deux dispositions qui faisaient également l’objet des demandes communes de la négociation coordonnée.

D’autres gains ont aussi été obtenus et concernent notamment l’amélioration des droits syndicaux, l’ajout de plusieurs postes, l’octroi et le paiement des jours fériés, le réaménagement de la liste de rappel, l’introduction d’une nomenclature prévoyant les titres d’emploi, les libellés et le nombre d’heures de travail prévu, l’attribution des vacances dans le respect de l’ancienneté et l’assurance d’avoir une fin de semaine libre sur deux.

Un modèle
« La lutte de ces femmes a été exemplaire, soutient le président du Conseil central du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Engelbert Cottenoir. Je tiens à leur lever mon chapeau pour leur détermination et la ténacité dont elles ont fait preuve. Leur volonté sans faille et la solidarité de tous les employé-es des centres d’hébergement privés qui les ont soutenues ont porté leurs fruits. »

« L’année 2015 s’est bien terminée avec le règlement à la résidence du Carré Nérée, et cette victoire à Saint-Alexis en début d’année 2016 augure très bien pour la suite, a affirmé le vice-président de la FSSS-CSN dans la région, Gaston Langevin. Les travailleuses de cette résidence vont continuer à donner les services aux résidents avec tout le professionnalisme qu’on leur connaît et elles seront de la partie lors de la prochaine ronde de négociation coordonnée en 2018 », conclut-il.

 

Le départ d’un politicien gentleman

La Confédération des syndicats nationaux tient à rendre hommage à Jean-Paul L’Allier, décédé la nuit dernière à L’Hôtel-Dieu de Québec, d’une brève maladie à l’âge de 77 ans.

« S’il n’y avait qu’une seule qualité que nous devions souligner chez Jean-Paul L’Allier, ce serait assurément sa grande classe qui faisait de lui un authentique gentleman. Mais nous passerions alors sous silence le fait qu’il était un homme généreux, féru de culture, ardent défenseur de la langue française et visionnaire du développement urbain et territorial à l’échelle humaine.

Monsieur L’Allier estimait la CSN parce qu’il partageait les valeurs de respect que nous défendons chaque jour et notre ouverture sur le monde », de déclarer Jacques Létourneau, président de la CSN. Avocat de formation, Jean-Paul L’Allier fut maire de Québec de 1989 à 2005. De 1970 à 1976, il fut également élu au sein du Parti libéral du Québec dans la circonscription de Deux-Montagnes, deux mandats où il occupera les postes de ministre des Communications et ministre de la Culture.

« Pour nous, monsieur L’Allier a été un grand maire par son leadership, sa disponibilité et son écoute. Il fut un bâtisseur et un véritable visionnaire qui a donné à sa ville ses lettres de noblesse partout dans le monde. Ce grand homme dégageait le respect dans ses relations avec ses concitoyennes, ses concitoyens et les acteurs de la société civile. Nous sommes sous le choc. Il s’agit d’une lourde perte pour notre société », de déplorer Ann Gingras, présidente du Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches-CSN (CCQCA).

« À la fin des années 1990, alors que j’étais présidente du CCQCA, j’ai eu la chance de travailler avec monsieur L’Allier. Pour nous, il était un maire extraordinaire, un grand humaniste et un grand démocrate, près des citoyennes et des citoyens de notre ville, de souligner Denise Boucher, ex vice-présidente de la CSN. De nombreux politiciens devraient s’inspirer de la classe et de la sagesse de monsieur L’Allier. Durant tous ses mandats, il a su cultiver des relations franches et mutuellement respectueuses avec quiconque il devait travailler. Les salarié-es de la Ville de Québec se souviendront des relations de travail harmonieuses qu’il a su développer et entretenir, un atout majeur dans la prestation de services efficaces adaptés aux besoins des citoyens. Si la Ville de Québec est belle aujourd’hui, c’est grâce au travail de cet homme qui avait compris le véritable rôle d’un maire ».

Des luttes sociales et syndicales en 2016, prédit la CSN

Si la lutte à l’austérité du gouvernement Couillard, dans laquelle s’est inscrite la négociation du Front commun, et la fin du régime Harper ont marqué l’année 2015 sur le front social et politique, celle qui commence sera sans aucun doute sous le signe de la mobilisation pour préserver des acquis sociaux et pour l’amélioration des conditions de travail touchant des milliers de travailleuses et de travailleurs du secteur privé, prévoit la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Voyez la vidéo avec Jacques Létourneau. À cet égard, près de 400 syndicats ou sections affiliés à la CSN verront leurs conventions collectives venir à échéance cette annéeet devront donc négocier leurs conditions de travail et de salaires. En outre, plusieurs autres syndicats poursuivront la négociation déjà entreprise en 2015. Parmi ces syndicats, deux ont entrepris une grève générale pour faire débloquer leur négociation respective : celui des 30 travailleuses de la Villa Saint-Alexis, un centre d’hébergement privé du Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui a déclenché un arrêt de travail le 14 novembre dernier principalement pour améliorer le salaire de ses membres, dont plusieurs ne gagnent que 10,77 $ l’heure ; et, depuis le 27 octobre, celui des 24 employé-es de l’Hôtel-Motel La Caravelle, à Baie-Comeau, en butte à un employeur qui cherche à leur imposer des conditions de travail inférieures aux normes minimales et qui s’adresse à eux en anglais. En outre, la CSN a aussi dénoncé la Librairie Martin, de Joliette, qui a mis ses 14 employé-es en lock-out la veille de Noël, alors qu’il avait été convenu avec l’employeur de reprendre les négociations au retour des Fêtes.

En 2015, la lutte des membres de trois syndicats a pris fin d’une façon abrupte par la fermeture des supermarchés Loblaw et Maxi en Abitibi-Témiscamingue. Ces travailleuses et ces travailleurs étaient en lock-out, dont le plus ancien remontait à 2012. Par ailleurs, les 406 anciens travailleurs d’Olymel à Saint-Simon ont vu leur détermination porter ses fruits, lorsque la Cour supérieure leur a donné raison après près de huit ans d’attente : l’employeur doit respecter la convention collective et leur verser des indemnités. Une rare bonne nouvelle dans le secteur manufacturier, la CSN tient à souligner le début des travaux de conversion du porte-conteneurs Astérix en navire de ravitaillement militaire, qui maintient quelques centaines d’emplois à Lévis. Le syndicat affilié à la CSN, de concert avec la Fédération de l’industrie manufacturière (FIM-CSN) et le Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches (CSN), n’avait cessé de dénoncer le traitement inéquitable dans l’octroi des contrats par le gouvernement conservateur à l’endroit du plus grand chantier naval au Canada.

2015 : une mobilisation sans précédent

« Au cours de la dernière année, aux côtés de leurs alliés des autres organisations progressistes, les membres de la CSN ont été sur la ligne de front contre les politiques d’austérité, a rappelé Jacques Létourneau. Cette mobilisation, qui avait commencé en septembre 2014, s’est poursuivie jusqu’à la fin de l’année 2015 avec la négociation du Front commun pour le renouvellement des conventions collectives des 540 000 travailleuses et travailleurs du secteur public québécois. »

Intervenue en décembre entre le Front commun et le gouvernement Couillard, l’entente de principe ainsi que celles survenues aux différentes tables de négociation sectorielles seront soumises aux membres réunis dans leurs assemblées générales locales au cours des prochaines semaines. « La négociation du secteur public à la table centrale a été menée d’un bout à l’autre par le Front commun. Nous avons estimé avoir été au bout du processus qui a abouti à l’accord de principe, a mentionné le président de la CSN. Le fin mot appartient aux membres et, peu importe l’issue des consultations, la CSN continuera de les appuyer. »

Des moments forts ont marqué les derniers mois : les quatre journées de débrayage du Front commun CSN-FTQ-SISP, dont la plus importante grève dans l’histoire du Québec, le 9 décembre, la manifestation syndicale du 3 octobre qui a réuni plus de 150 000 travailleuses et travailleurs du secteur public à Montréal et les mobilisations contre l’austérité le 1er mai qui ont secoué toutes les régions du Québec.

« Parmi les choses à retenir de 2015, il y a certainement la reconnaissance par le gouvernement Couillard de l’impact de ses mesures austères sur les programmes sociaux et les services à la population, a poursuivi Jacques Létourneau. Le mérite de ce changement revient à la formidable mobilisation qui a mis en lumière tous les effets de ses politiques restrictives. D’ailleurs, les sondages ont démontré que la population ne suivait absolument pas les libéraux à cet égard. »

Mobilisation permanente

Selon la CSN, le mouvement progressiste québécois est dans un état de mobilisation permanente depuis les 16 derniers mois du fait de l’opération de sabotage de l’État social par les libéraux, sans mandat ni adhésion populaire. Ce faisant, le gouvernement libéral cherche à ratatiner le rôle de l’État et à mettre fin à tous les acquis sociaux qui nous caractérisent comme société québécoise afin de nous ramener au même niveau que les autres provinces canadiennes. Il a aussi porté atteinte aux programmes de développement régional et de création d’emplois, un non-sens, selon la CSN.

La CSN estime que le prochain budget Leitao sera un moment phare de la mobilisation contre l’austérité en 2016. Les semaines précédant la présentation du budget seront une occasion de rappeler au gouvernement Couillard qu’un changement de cap s’impose. « À tous les niveaux, les acteurs sociaux et syndicaux qui ont à cœur le rôle que joue l’État au Québec depuis la Révolution tranquille doivent maintenir la pression sur lui. Nous poursuivrons ce combat aux côtés de nos alliés progressistes », a mentionné le président de la CSN

La lutte devra donc se poursuivre pour les stopper, d’autant que le gouvernement dispose des moyens pour mettre fin à ces compressions. Les dernières données sur l’état des finances publiques rapportent en effet que Québec a obtenu un surplus budgétaire quatre fois plus élevé que celui d’il y a deux ans. Ainsi, pour les six premiers mois de 2015, ce surplus s’affichait à 2,6 milliards de dollars, avant le versement au Fonds des générations, contre quelque 600 millions de dollars en 2013.

« L’action du gouvernement Couillard depuis 2014 enfonce davantage le Québec dans un déficit social qui diminue la qualité de vie des citoyens et des familles et qui causera un tort considérable aux générations futures, a exprimé le président de la CSN. Le projet de loi 20 sur les frais accessoires, en totale contravention de la Loi canadienne sur la santé, et la réduction de la couverture du panier de services médicaux couverts par le régime public, qui s’ajoutent à des années de sous-financement, sont insensés. Il n’y a pas d’autre mot. »

Le gouvernement semble aussi ressentir une profonde aversion pour les services de garde subventionnés frappés une fois de plus par une mesure aberrante, soit un financement global basé sur les CPE qui présentent les coûts les moins élevés, sans égard aux réalités de chacun. Après la hausse de la contribution parentale, la compression de 74 millions de dollars cette année et la coupe à venir de 120 millions l’an prochain, ce nouveau mode de financement à la baisse représente une autre mesure qui nuira considérablement aux familles et, au premier chef, aux femmes.

Le projet de loi 70 visant les prestataires d’aide sociale, et qui abolit Emploi-Québec, est un autre pan des mesures d’austérité qui visent les plus démunis et qui affaibliront les politiques de création d’emplois dans les régions.

Ces dossiers, en plus de celui du projet de privatisation de la SAQ, une société d’État qui permet au Québec de bénéficier d’une expertise incomparable tout en versant de substantiels dividendes qui profitent à l’État, sont au nombre des priorités pour l’année qui débute. En outre, la CSN poursuivra son action visant à accroître la protection des non-syndiqués par la syndicalisation ainsi que par la bonification de la loi sur les normes du travail et le rehaussement du salaire minimum. Jacques Létourneau : « Nous comptons aussi participer activement à la mise en place de la nouvelle Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail afin de s’assurer que les droits des travailleuses et des travailleurs ne sont pas compromis par cette importante réforme administrative du PLQ. »

Déjà durement éprouvés par l’adoption de la loi 15 sur les régimes de retraite, dont la CSN conteste la constitutionnalité, les employés municipaux sont encore une fois menacés par le pacte fiscal qui accordera plus de pouvoirs aux municipalités. La CSN entend défendre ardemment le droit fondamental de négocier de ses 6300 membres dans le secteur municipal et de ses 4600 membres dans le secteur du transport. Une tournée d’information et de mobilisation à travers le Québec est déjà en cours et qui se poursuivra en 2016.

Changement de garde au fédéral

À Ottawa, le nouveau gouvernement de Justin Trudeau répondra-t-il aux attentes suscitées par ses engagements, lors de la dernière campagne électorale ? « Ce changement de garde au fédéral est l’une des très rares bonnes nouvelles de 2015, a reconnu Jacques Létourneau. Le régime Harper a fait mal à la démocratie. Il était plus que temps de se débarrasser de lui. » La CSN a donné une bonne note de départ à ce gouvernement avec le retrait de deux lois antisyndicales (C-525 et C-377) et la formation de son nouveau cabinet établissant la parité entre les hommes et les femmes. « Nous ne manquerons aucune occasion de lui rappeler ses engagements de rétablir le financement de Radio-Canada pour assurer sa pérennité, et d’annuler la réforme du régime d’assurance-emploi de 2012 ainsi que celle visant les fonds de travailleurs. » À propos

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) représente quelque 325 000 travailleuses et travailleurs œuvrant dans tous les secteurs d’activité et regroupés dans plus de 2000 syndicats.

Une première entente, une première victoire

Les travailleuses et travailleurs des centres d’hébergement privés du Saguenay Lac-Saint-Jean CSN, section de la Maison des Aînés Carré Nérée, vont commencer l’année du bon pied : le 21 décembre dernier, une entente de principe intervenue entre les partis le 14 du même mois a été entérinée à 100 %. La nouvelle convention collective respecte en tout point les paramètres de la négociation coordonnée.

L’entente prévoit une augmentation de 1,50 $ l’heure étalée sur trois ans. Elle reconduit aussi la formation systématique des employé-es et le comité de relations de travail. La date d’échéance de la convention collective a été établie au 31 mars 2018, l’objectif étant que toutes les conventions se terminent à la même date afin d’augmenter le rapport de forces.

« D’autres gains ont aussi été enregistrés lors de cette négociation, dont une amélioration du fonctionnement de la liste de rappel afin d’assurer un plus grand respect de l’ancienneté, une nouvelle procédure de confection des horaires et l’amélioration de certains droits syndicaux. Il s’agit d’une première victoire éclatante qui respecte tous les paramètres que nous nous sommes donnés dans le cadre de cette négociation coordonnée », explique Gilles Gagné, représentant du secteur des centres d’hébergement privés à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN).

Un message clair
« Il va sans dire que c’est une excellente nouvelle pour nous. Cette entente lance un message clair à tous les autres comités de négociation patronaux. Il s’agit ici de l’entente baromètre sur laquelle on va se baser pour mener nos autres discussions. Une autre preuve qu’avec de la solidarité et un objectif commun, on peut atteindre nos buts », ajoute de son côté Nadine Lambert, vice-présidente de la FSSS-CSN.

Dans la même région : la grève se poursuit à la Villa Saint-Alexis Une rencontre de conciliation a eu lieu le 23 décembre à la Villa Saint-Alexis où 30 travailleuses sont en grève depuis le 14 novembre dernier. Les parties ont repris les pourparlers en présence du conciliateur sans pour autant s’entendre sur les clauses encore en litige. Une prochaine rencontre de conciliation est prévue le 15 janvier 2016.

« Ces femmes sont plus que jamais déterminées à gagner cette lutte et n’abandonneront d’aucune façon leur demande plus que justifiée. Leur échelle salariale actuelle commence à 10,77 $ l’heure, soit à peine 0,27 $ de plus que le salaire minimum », enchaîne Gilles Gagné.

« L’entente au Carré Nérée signée dans notre région envoie un vent d’optimisme aux travailleuses qui entendent bien gagner cette lutte. Les travailleuses et travailleurs des centres d’hébergement privés accusent des retards importants sur le plan des conditions de travail par rapport à d’autres secteurs, il est temps que ça change », conclut Engelbert Cottenoir, président du Conseil central du Saguenay Lac-Saint-Jean.

À propos
Fondée en 1921, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) est une organisation syndicale qui œuvre pour une société solidaire, démocratique, juste, équitable et durable. À ce titre, elle s’engage dans plusieurs débats qui intéressent la société québécoise. Elle est composée de près de 2000 syndicats. Elle regroupe plus de 325 000 travailleuses et travailleurs réunis sur une base sectorielle ou professionnelle dans huit fédérations, ainsi que sur une base régionale dans treize conseils centraux.

 

Un pas vers le démantèlement de nos services publics

Il y a un an, le ministre de la Santé et des Services sociaux annonçait l’interruption des projets de construction autofinancés de deux nouvelles buanderies publiques du réseau de la santé. Le ministre Barrette voulait alors évaluer la possibilité du recours au privé pour leur financement. Les deux buanderies, bien implantées dans leur région — Partagec à Québec et Lavérendière dans Lanaudière, avaient pourtant reçu toutes les autorisations nécessaires pour aller de l’avant avec leur projet.

Depuis l’automne 2014, la CSN a démontré à de multiples reprises qu’aucun argument ne justifie la privatisation des services de buanderie publics. Pertes fiscales reliées aux salaires moindres offerts dans le secteur privé, perte d’expertise dans le réseau, perte de plus de 200 emplois de qualité, contrats commerciaux opaques et déficit démocratique pour les partenaires, autant d’éléments qui devraient convaincre le ministre de reculer.

Le 22 octobre dernier, les salarié-es des deux buanderies se sont réunis devant l’Assemblée nationale afin de scander leur opposition à la privatisation de leur établissement. Cette manifestation s’inscrivait dans une longue campagne de sensibilisation et de mobilisation visant à démontrer au ministre que le recours au privé serait un choix mal avisé. Pétition de plusieurs milliers de signatures, sorties publiques, manifestations régionales : la CSN, la FSSS-CSN et les salarié-es de Partagec et de Lavérendière sont demeurés solidaires face à la menace de privatisation. Pour eux, c’est l’ensemble des services auxiliaires rendus dans la santé et les services sociaux qui sont menacés.

Le ministre Barrette devait rendre sa décision en novembre 2015. Au moment d’aller sous presse, il tardait encore à l’annoncer publiquement alors qu’il détenait depuis plusieurs semaines les rapports d’évaluation des soumissions du public et du privé. Le ministre ira-t-il de l’avant avec sa volonté de privatiser ces services publics ?

Royaume de l’exploitation éhontée

Il est constitué d’une majorité de femmes dont la rémunération dépasse à peine le salaire minimum. Qu’elles soient préposées aux bénéficiaires ou à l’entretien, infirmières auxiliaires ou cuisinières, leur travail manque grandement de reconnaissance. Pourtant, la société québécoise ne peut se passer des services de ces travailleuses et ces travailleurs qui prennent soin des aîné-es.

La plupart de ces centres appartien­nent à de puissants groupes nommés Cogir, Chart­well, Résidences Soleil, Groupe Sélec­tion, ou à de riches propriétaires indé­pendants. Grâce au lucratif marché de l’hébergement des personnes âgées au Québec, plusieurs d’entre eux empochent des profits mirobolants.

David contre Goliath

Pour tenter d’améliorer leur sort et tenir tête à ces hommes d’affaires pugnaces, voire véreux, comme on l’a vu récemment, les travailleuses et les travailleurs de 43 accréditations de centres d’hébergement privés affiliés à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) ont annoncé en mai dernier leur participation à une négociation coordonnée à travers le Québec. « Nous demandons une augmentation de 1,50 $ l’heure sur trois ans, la formation systématique des employé-es, la création d’un comité de relations de travail fonctionnel et une date d’échéance de convention, soit le 31 mars 2018. L’atteinte de ces objectifs aura un impact direct sur les conditions de vie des aîné-es ; le personnel sera mieux formé et restera en poste plus longtemps en raison de meilleures conditions », explique Nadine Lambert, vice-présidente de la FSSS-CSN.

La Villa Saint-Alexis donne le ton

C’est dans ce rude contexte de négociations que 30 travailleuses de l’accréditation de la Villa Saint-Alexis du Saguenay ont déclenché une grève générale illimitée, le 14 novembre dernier. « Cajétan Bouchard, leur employeur, veut que les employé-es sacrifient cinq congés personnels en contrepartie de leur augmentation salariale », s’indigne Danielle Lemire qui a œuvré longtemps à la Villa avant de devenir représentante du secteur des centres d’hébergement privés à la FSSS-CSN.

L’ancienne cuisinière dresse un portrait bien peu reluisant du contexte de travail dans cette résidence. « L’employeur se fiche éperdument de la convention collective : il engage des personnes qu’il ne prend pas la peine de former, il les prive des deux jours d’initiation prévus à la convention, il omet d’afficher des postes et en crée d’autres de toutes pièces, à temps partiel bien sûr, il fait exécuter des travaux aux employées sans respecter les descriptions de tâches existantes, et j’en passe ! », s’exclame Danielle Lemire. Elle ajoute qu’après avoir congédié le préposé à l’entretien, l’employeur demandait à des salariées d’exécuter des tâches que le préposé aurait normalement dû accomplir. Il lui arrive aussi de confier à la buandière ou à l’infirmière la responsabilité d’aller servir les repas du midi. Si une résidente ou un résident requiert des soins pendant ce temps, l’infirmière doit quitter la salle à manger pour se rendre au chevet de la personne malade. « Mais qui en subit les contrecoups ? Les résidents, les préposées, tout le monde », lance-t-elle, exaspérée.

L’été dernier, 42 personnes embauchées à la Villa Saint-Alexis ont finalement décidé de quitter la résidence pour aller travailler ailleurs. « Ce roulement de personnel occasionne bien des dépenses inutiles à l’employeur, poursuit Danielle Lemire. Or, il a lui-même admis en comité de relations de travail que ses employé-es ne restent pas en raison des salaires trop bas. Qu’attend-il pour favoriser leur rétention et s’éviter tous ces frais ? »

Benoîte Congolo : Une préposée aux bénéficiaires dévouée 
corps et âme

« Ce travail est tellement exigeant qu’on ne peut l’accomplir sans vraiment aimer les personnes âgées », affirme pour sa part Benoîte Congolo qui travaille depuis cinq ans dans une résidence de Laval comptant quelque 600 résidentes et résidents. »

La préposée aux bénéficiaires, qui a tous les jours à sa charge entre 9 et 10 aîné-es, commence le matin à 6 h 30 et termine à 15 h. Elle réveille d’abord les résidents, donne le bain à certains d’entre eux et s’occupe des autres bains en après-midi. Après les avoir aidés à s’habiller, elle accompagne tout ce beau monde à la cuisine pour le petit déjeuner. À sa pause du midi, elle doit faire vite pour manger, puisqu’elle remplace la préposée à l’accueil.

La résidence où Benoîte travaille est classée semi-autonome, mais elle garde pendant une certaine période les résidents dont l’état s’aggrave et devient de plus en plus lourd au fil des ans — Alzheimer, Parkinson, démence. « Nous devons bien sûr veiller sur ces personnes le temps qu’elles obtiennent une place dans des centres spécialisés », explique-t-elle. Cette situation exige beaucoup d’énergie supplémentaire pour les travailleuses.

Malgré tout, Benoîte est l’une des chanceuses qui ont pu bénéficier d’une formation offerte aux travailleuses et travailleurs, et ce, sans frais pour les propriétaires, par l’entremise de Formarez, une mutuelle de formation à laquelle siège la FSSS-CSN. Celle-ci permet notamment aux préposées de mettre à jour leurs connaissances, leurs techniques de travail et leurs manières d’agir avec les personnes âgées. « On y a appris, par exemple, quelles sont les bonnes positions à adopter pour donner les bains. C’est important parce qu’on peut se blesser très facilement. » Malheureusement, malgré le coût nul pour eux, plusieurs employeurs refusent à leurs employé-es l’accès à cette mutuelle.

Christiane Bissonnette : Une préposée à l’entretien courageuse

Christiane Bissonnette, préposée à l’entretien ménager et déléguée syndicale dans une résidence de Québec, ne chômait pas avant d’être congédiée par son employeur. Chaque semaine, elle devait s’occuper de 68 chambres. « Les préposé-es n’ont pas le temps de déplacer les meubles ou de ramasser ce qui traîne », explique-t-elle. Des surplus peuvent aussi s’ajouter à leur charge de travail déjà bien remplie. Lorsque la gastro sévit, par exemple, les préposé-es à l’entretien doivent aussi procéder à de vastes opérations de désinfection.

Christiane Bissonnette a été remerciée à la suite de la plainte d’un résident qui dit avoir trouvé des graines sur le couvre-lit et le plancher de sa chambre. « L’employeur saisit tous les prétextes possibles afin de prendre en défaut les employé-es et de sanctionner sévèrement celles et ceux qui militent un peu trop dans le syndicat », explique Gilles Gagné, le président du syndicat de la région. « Le cas de Christiane ressemble beaucoup à un congédiement pour activités syndicales et nous avons déposé une plainte à cet effet. »

Sylvie Meunier : Une cuisinière persévérante

Sylvie travaille comme cuisinière quatre jours par semaine, de 7 h à 18 h, et doit préparer quotidiennement 440 repas aux résidents. Mais avant même de s’attaquer aux menus, elle prépare la soupe, fait cuire les légumes, les coupe, les pile et les divise selon les départements. L’assistante de Sylvie arrive à 9 h. À midi, elle s’absente pour aller servir les résidents à la salle à manger. Elle doit aussi préparer de la purée en grande quantité, ce qui lui prend au moins une heure. Et puis il lui faut laver la vaisselle, défaire les boîtes, préparer les desserts pour le lendemain. La charge est énorme. Sylvie est pour sa part très souvent interrompue dans le cours de son travail. « On peut soudainement me demander de préparer des muffins en plus du reste. Le jeudi, je dois m’occuper des commandes. On n’arrête pas de courir. »

L’accréditation de la résidence où elle travaille aujourd’hui n’a pas joint la négociation coordonnée. « Les dates ne coïncidaient pas, mais je souhaite que nous participions à celle de 2018. La négo coordonnée permet d’obtenir des gains bien supérieurs à ce qu’on peut aller chercher de façon isolée et d’en faire bénéficier le plus grand nombre. Moi, j’y crois à ce concept », renchérit-elle.

Bien d’autres exemples pourraient être cités pour décrire les conditions de travail qui existent dans bon nombre de centres d’hébergement privés du Québec. Mais on peut d’ores et déjà conclure à l’état lamentable des conditions dans lesquelles exercent les travailleuses et les travailleurs de ce secteur. Les choses doivent changer, ça urge.

Nouveau contrat de 700 millions de dollars

L’attente d’un contrat pour la construction d’un ravitailleur pour la Marine royale canadienne a été interminable pour les 800 syndiqué-es CSN du chantier de Lévis, le plus important au Canada. Après 16 mois, le contrat de transformation d’un porte-conteneurs de 20 000 tonnes en navire de ravitaillement, équipé d’un hôpital pour des missions humanitaires, a finalement été signé à la fin novembre par le nouveau gouvernement fédéral. Il était moins une pour plusieurs travailleurs et travailleuses.

« C’est une très bonne nouvelle pour nos membres, a réagi Raphaël Jobin, nouveau président du Syndicat des travailleurs du Chantier naval de Lauzon, affilié à la Fédération de l’industrie manufacturière (FIM-CSN). Ça met fin à beaucoup d’inquiétude sur le chantier. On va enfin être assurés d’avoir du travail pour les 18 à 24 mois à venir. » Au printemps 2015, 234 employé-es avaient été mis à pied, faute de contrat. Environ 400 nouveaux emplois seront générés par ce nouveau contrat.

« Enfin !, s’est exclamée Ann Gingras, présidente du Conseil central de Québec Chaudière-Appalaches (CCQCA-CSN). C’est un juste retour des choses que l’octroi de ce contrat à la Davie, alors que les conservateurs ont donné en 2011 plus de 33 milliards de dollars de contrats de la Marine royale canadienne aux seuls chantiers de Vancouver et de Halifax. »

« Le chantier naval de Lévis, qui compte 190 années d’existence, peut aider à répondre aux multiples besoins de l’industrie maritime du Canada. Ce que l’on veut, c’est que le chantier ait voix au chapitre, tout comme les autres chantiers », renchérit Alain Lampron, président de la FIM-CSN.

Le contrat du ravitailleur suscite beaucoup d’espoir, notamment parce que le nouveau gouvernement fédéral de Justin Trudeau a promis des investissements majeurs dans la Marine royale canadienne. Dans leur programme, les libéraux ont décrit ainsi le règne de neuf années des conservateurs : « La Marine royale canadienne se classe sous le Bangladesh en matière de capacité et ne peut plus être considérée comme une marine hauturière. » Parmi les besoins identifiés, on y note des « brise-glaces, des navires de ravitaillement, des navires de patrouille extracôtiers de l’Arctique, des navires de combat de surface, et autres ressources dont la marine a besoin ».

Un joyau à préserver

Une telle transformation comporterait des risques à plusieurs niveaux. C’est pourquoi la CSN mène une campagne pour contrer l’éventuel démantèlement de la société d’État, qui rapporte plus d’un milliard de dollars en dividendes à la société québécoise.

L’an dernier, la présidente de la Commission de révision permanente des programmes du gouvernement du Québec, Lucienne Robillard, a remis en question la pertinence du modèle d’affaires de la SAQ et recommandé de la mettre en concurrence avec le secteur privé, comme l’ont déjà fait d’autres provinces avec des résultats fort décevants. Par la suite, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, semble avoir démontré son parti pris pour la privatisation en se disant ouvert à la libéralisation du marché des vins et spiritueux.

« Les dés semblent donc pipés, car la commission a refusé que le PDG de la SAQ se fasse entendre, tout en ignorant les études les plus récentes réalisées au Canada, rappelle Alexandre Joly, président du Syndicat des employé-es de magasins et de bureaux de la SAQ (SEMB–SAQ). La commission Robillard est arrivée avec des conclusions bidon sur l’efficience de la SAQ en la comparant avec la LCBO, son équivalent ontarien. Non seulement elle a utilisé des données dépassées, mais elle a comparé deux situations fort différentes. Elle n’a même pas considéré que la LCBO vend de gros volumes de bières commerciales, ce qui n’est pas le cas de la SAQ. Or, c’est beaucoup plus facile de vendre une caisse de bière qu’une bouteille de vin ».

Plus productive

En réalité, la productivité et les ventes globales de la SAQ ont augmenté de façon importante au cours des dernières années et les frais administratifs sont passés de 25 %, en 2005, à moins de 19 % aujourd’hui, ce que la commission semble avoir délibérément occulté. Malgré tout, elle accuse la SAQ de manquer d’efficience, laissant entendre que le secteur privé ferait mieux que la société d’État. Le modèle de privatisation albertain est souvent évoqué pour faire miroiter, à tort, des économies sur le prix et sur la diversité des vins offerts. Mais la seule étude retenue par la commission Robillard a été réalisée il y a 20 ans, soit quelques mois après la privatisation, alors que les plus récentes analyses qui démontrent que la privatisation a fait croître les prix à un rythme deux fois plus élevé qu’au Québec ont été ignorées. La CSN et le SEMB–SAQ ont d’ailleurs produit une vidéo qui démonte pièce par pièce l’argumentaire appuyant la privatisation de la vente d’alcool en Alberta.

La présidente du Syndicat du personnel technique et professionnel de la SAQ, Sandrine Thériault, souligne que le modèle privilégié par le gouvernement Couillard est celui de la Colombie-Britannique, où cohabitent maintenant le privé et le public. « Là-bas, au privé, les prix de l’alcool ont augmenté en moyenne de 10 % à 15 %. Mais en plus, le gouvernement subit une baisse de revenus annuels qu’il doit combler en augmentant les taxes. Il n’y a donc aucune logique à suivre cette formule. »

De son côté, le président de la CSN, Jacques Létourneau, rappelle que la SAQ est largement reconnue pour l’excellence de ses pratiques commerciales. « L’offre de produits de la SAQ est l’une des plus importantes au monde et l’on trouve des produits de qualité dans toutes les régions de la province, pas seulement dans les grands centres. De plus, il ne faut pas oublier toute l’expertise qu’elle a développée au fil des années et la qualité des services qui y sont offerts. » La SAQ n’a pas à rougir d’être aussi performante !

Des conditions bien relevées

À Saint-Patrice-de-Sherrington, petite municipalité de la Montérégie, la salade fait vivre des centaines de travailleurs. L’usine Salade Etcetera ! emploie aujourd’hui plus de 400 personnes, en majorité des travailleurs étrangers venant surtout du Guatemala. Ici, on lave et on emballe la laitue qui sera distribuée partout en Amérique du Nord.

Au cœur de cette usine, il existe aujourd’hui une poignée de travailleurs qui ont gagné haut la main le pari de la syndicalisation. En novembre 2013, les vingt-cinq électro­mécaniciens responsables de l’entretien des équipements de l’usine sont parvenus à mettre sur pied le Syndicat des employé-es de Salade Etcetera-CSN. Un an plus tard, à force de détermination et de solidarité, ils signaient leur première convention collective. Et pas n’importe laquelle.

Un contrat de travail, adopté à l’unanimité. Du jour au lendemain, les salaires ont grimpé, de parfois jusqu’à sept dollars l’heure : « Il y a des gens dont le salaire a augmenté de 16 000 dollars par année, d’une traite », indique le président du syndicat, Mathieu Leblanc. Les employé-es ont gagné de nouveaux jours fériés, une semaine de congé, des libérations syndicales, des heures supplémentaires volontaires et de nouveaux horaires de travail.

Peu de temps après la signature de ce premier contrat de travail et pour éviter à tout prix la syndicalisation des quatre cents autres travailleurs de l’usine, l’employeur s’est empressé d’améliorer aussi les conditions des employé-es non syndiqués.

Des gains appréciables pour tous

Mathieu Leblanc est formel : « Quatre-vingts pour cent de ce que nous avons obtenu, ils l’ont donné aux autres travailleurs réguliers. Ils ont amélioré les conditions de tout le monde, de peur que le syndicat rentre partout dans l’usine. Ils leur ont donné une mini-convention, un petit livret de quatre pages. Les salaires de certains opérateurs ont augmenté de cinq dollars l’heure, en plus des vacances, du taux et demi et des jours fériés. L’arrivée d’un syndicat a amélioré le sort de tout le monde, c’est certain. Malheureusement, les travailleurs non syndiqués ne se rendent pas tous compte que c’est grâce à nous qu’ils sont maintenant mieux traités. »

De meilleures relations de travail

Selon le secrétaire-trésorier du syndicat, Michel Imbeault, l’existence d’une convention facilite aussi les relations de travail. « C’est un succès, on est heureux de notre convention, les membres aussi, il n’y a aucun doute là-dessus. La solidarité est bonne et l’employeur a compris qu’il est préférable d’aller dans le sens de la convention. Ça aide à régler des conflits, tout le monde sait à quoi s’en tenir. »

Rêvent-ils de syndiquer leurs 400 collègues non syndiqués ? « Non, répond le président Mathieu Leblanc. On ne travaille pas pour ça. Ici, le roulement de personnel est énorme chez les non-syndiqué-es. Pour l’instant, les employés d’entretien, ça nous suffit. Nous avons fait ce que avions à faire dans chaque département. »

La mobilisation et la solidarité ont porté leurs fruits, les syndiqué-es misent maintenant sur la prochaine négociation pour rendre leurs conditions de travail meilleures. Les défis ne manquent pas. Chose certaine, les électromécaniciens ne se laisseront pas « raconter des salades ».

À la défense du droit de grève

La liberté d’association, le droit à la négociation collective et le droit de grève sont les droits les plus précieux pour les travailleuses et les travailleurs. Or, au cours des dernières années, le droit de grève a été particulièrement attaqué par les employeurs et certains gouvernements.

La contestation du droit de grève par les employeurs a culminé lors de la Conférence internationale du Travail de 2012, au cœur de l’institution qui doit pourtant le garantir à l’échelle mondiale, soit l’Organisation internationale du Travail (OIT).

Cette année-là, le rapport des experts de l’OIT sur l’application des normes a rappelé que le droit de grève fait partie intégrante de la liberté syndicale et qu’il découle de la convention (no 87) même si celle-ci ne le mentionne pas expressément. Mécontent de la position des experts, le groupe des employeurs a fait dérailler les travaux de la Commission d’application des normes qui n’a pas pu siéger. Cette question minait depuis lors le fonctionnement de l’OIT.

Heureusement, en mars 2015, un compromis a été trouvé entre le groupe des employeurs et celui des travailleurs. Comme le note Luc Cortebeeck, représentant des travailleurs à l’OIT : « Nous avons trouvé un accord avec les employeurs qui reconnaissent le droit de grève au cas par cas. Les gouvernements de leur côté ont reconnu le droit de grève comme faisant partie de la liberté syndicale et étant nécessairement lié à la négociation collective. Et effectivement, le Comité de la liberté syndicale a de nouveau accepté unanimement des conclusions sur plusieurs cas de grève ».

Des attaques au quotidien ailleurs dans le monde

Selon la Confédération syndicale internationale — dont la CSN est membre, dans environ 40 % des pays du monde, les droits fondamentaux du travail n’existent tout simplement pas et ils ne sont pleinement protégés que dans 16 % des pays. Alors que l’on devrait s’attendre à ce que la situation s’améliore, elle se dégrade considérablement dans certains pays. Par exemple, en Grande-Bretagne, le Trade Union Bill déposé l’automne dernier propose une réforme du droit du travail qui portera notamment atteinte au droit de grève. On permettra l’embauche de briseurs de grève provenant d’agences. Dans les services publics, 50 % des membres devront se présenter pour le vote de grève et plus de 40 % des travailleurs pouvant voter, présents ou non, devront donner leur accord pour la grève. On exigera des syndicats qu’ils divulguent les moyens techniques qu’ils prévoient utiliser (haut-parleurs, blogues, médias sociaux, etc.). Les personnes responsables de la grève devront porter un brassard et avoir en main l’autorisation écrite de faire la grève, qu’ils devront montrer aux policiers, ou à toute autre personne qui demande « raisonnablement » d’y avoir accès, sous peine d’amende salée ou d’injonction mettant un terme à la mobilisation.

Au Québec et au Canada, nous faisons régulièrement l’expérience des nombreuses restrictions au droit de grève. Heureusement, la Cour suprême du Canada a rendu un jugement historique le 30 janvier 2015 en reconnaissant le droit de grève comme outil essentiel d’un processus véritable de négociation et comme élément indispensable de la liberté d’association. Ceci étant, les gouvernements doivent justifier toute atteinte à ce droit. Comme l’affirme avec force la juge Abella : « La faculté des travailleurs de cesser collectivement le travail pendant la négociation d’une convention collective constitue donc — et a toujours constitué — le [traduction] “minimum irréductible” de la liberté d’association dans les relations de travail au Canada. »

Il s’agit sans conteste d’une victoire inestimable dans un contexte où ce droit est férocement attaqué un peu partout dans le monde.

Un succès qui repose sur les travailleurs

Le 16 septembre dernier, lors d’une rencontre à laquelle tous les membres du personnel de La Presse étaient conviés, le président et éditeur du quotidien, Guy Crevier, annonçait la fin de l’édition papier en semaine à compter du 1er janvier 2016, l’édition imprimée ne demeurant que le samedi.

La semaine suivante, la direction con­crétise ce fait en abolissant 158 postes touchant autant d’employé-es. L’Intersyndicale de La Presse dénonce alors ces coupes qui sont supérieures aux affecta­tions à l’édition papier du journal, avant même que n’arrive sa nouvelle plate­forme numérique. Le regroupement des cinq unités syndicales présentes à La Presse s’inquiète notamment de la capacité de leurs membres à produire toujours plus avec moins.

Pour la haute direction de Gesca, il s’agissait d’une autre étape de l’importante réorganisation entreprise en 2009 au cours de laquelle des actifs majeurs ont été transférés à des filiales de Power Corporation du Canada alors que d’autres ont été cédés à des intérêts extérieurs. Gesca se félicitera plus d’une fois du succès de sa nouvelle plateforme qualifiée désormais de « viable » en dévoilant plusieurs données confirmant sa popularité sans toutefois préciser qui en ont été les maîtres d’œuvre : les travailleuses et les travailleurs syndiqués de La Presse.

Une contribution majeure

Dès 2010, les membres des syndicats de La Presse agiront en partenaires importants dans le virage numérique entrepris. En cinq ans, de nombreuses concessions seront consenties par tous les employé-es afin de permettre à La Presse d’investir 40 millions de dollars dans le projet de plateforme numérique de La Presse+. L’expertise des syndiqué-es jouera un rôle primordial dans le développement intégral de celle-ci.

Pour que la direction puisse réaliser son projet, plusieurs concessions majeures seront également accordées à l’employeur dès 2009. En tout, quelque 10 millions de dollars seront directement prélevés à même les conditions de travail : gel salarial, augmentation des heures travaillées, réduction des heures supplémentaires, augmentation de la semaine de travail de quatre à cinq jours, concessions sur le régime de retraite ainsi que sur les assurances. Bref, les salarié-es auront été largement mis à contribution pour la réalisation du projet.

Même si ce fait ne sera pas largement diffusé sur la place publique, aux dires d’André Desmarais, président délégué du conseil d’administration, si La Presse a survécu, c’est grâce au rôle qu’ont joué les syndicats. Pour leur part, les élu-es syndicaux préféreront en attribuer le mérite à celles et ceux qui paient encore le prix de cette importante restructuration, les membres.

La Presse+ ou La Presse– ?

Depuis le lancement de La Presse+ le 18 avril 2013, la majorité des travailleuses et des travailleurs de La Presse naviguaient déjà entre les deux versions du quotidien. En plus de produire 40 % de nouveaux contenus exclusifs à sa plateforme numérique, ce qui leur imposait une charge de travail supplémentaire, les salarié-es répondaient aux besoins de l’édition papier. En outre, La Presse+ est publiée une journée de plus chaque semaine, soit le dimanche, donc 364 jours par année (le 1er janvier étant un jour férié chômé) et la production des contenus informationnels et publicitaires demande plus de travail que l’édition papier.

Or, l’abolition des 158 postes ne tient pas compte de cette surcharge imposée ni du fait que la direction ait choisi de conserver son édition papier du samedi en 2016. Concrètement, la direction se sert du prétexte du virage technologique pour réduire considérablement le nombre de ses salarié-es et leur demander encore une fois de faire plus avec moins.

Qualifiant ces coupes d’irréalistes pour continuer de répondre à une information de qualité et diversifiée, l’Intersyndicale de La Presse doit désormais composer avec un changement d’attitude de la part de la direction. En effet, avant l’annonce des coupes, celle-ci prenait le temps de consulter les élu-es syndicaux avant d’appliquer de nouvelles décisions dans leur milieu de travail, ce qui n’est plus le cas.

La Presse doit ouvrir ses livres

Alors que les conventions collectives de La Presse sont échues depuis le 31 décembre 2015, les syndicats croient fermement qu’un dialogue menant à un nouveau contrat de travail doit d’abord reposer sur la transparence financière de l’entreprise. Les travailleuses et les travailleurs sont pleinement responsables du succès de La Presse+ et il serait temps que la haute direction le reconnaisse dans des gestes concrets.

Voilà pourquoi, au fil des ans, les syndicats ont demandé à plusieurs reprises à La Presse d’ouvrir ses livres comptables en toute transparence. Malheureusement, malgré tous les efforts déployés, les finances de La Presse sont toujours aussi opaques. La direction a systématiquement refusé toute collaboration à ses principaux partenaires dans cette aventure : les employé-es de La Presse.


L’Intersyndicale de La Presse représente quelque 600 employé-es syndiqués. Ce regroupement est formé de quatre syndicats affiliés à la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et d’un syndicat affilié à la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) :

    • Syndicat des travailleurs de l’information de La Presse (CSN)
    • Syndicats des employés de bureau de journaux (CSN)
    • Syndicat de l’industrie du journal du Québec (distribution – CSN)
    • Syndicat des travailleurs et travailleuses du centre de l’informatique de La Presse (CSN)
    • Syndicat des employés professionnels et de bureau (publicité–FTQ)

 

Du carburant dans le réservoir

« Si les techniciennes en administration n’étaient pas là, c’est tout le système de la santé et des services sociaux qui serait paralysé », lance sans complexe Barbara Poirier, technicienne en administration au secteur de l’approvisionnement au CISSS de Chaudière-Appalaches.

«J’aime mon travail. C’est varié, même si ça consiste principalement en un objectif : trouver le meilleur produit, au meilleur coût. Concrètement, j’achète le matériel dont les personnes soignantes ont besoin pour faire leur travail », explique- t-elle. Bien qu’elle ne soit pas en contact direct avec le patient, Barbara voit aisément le lien entre son travail, les patients et les usagers. « C’est simple, si je ne suis pas là, il n’y a pas de seringues. S’il n’y a pas de seringues, il n’y a pas de prises de sang ni d’administration de médicament. Bref, on ne soigne pas. » Elle compare le réseau de la santé et des services sociaux à une grosse voiture de course : le personnel de bureau, les techniciens et les professionnels de l’administration représentent les stands de ravitaillement. « Sans carburant, rien n’avance », note Barbara.

Barbara Poirier est technicienne en administration depuis une décennie. Au fil des années, sa fierté d’appartenir à cette catégorie d’emploi s’est confirmée. Ce désir de partager cette fierté l’a menée, il y a cinq ans, à devenir présidente de son syndicat. « Je veux que mes membres se rendent compte à quel point elles sont essentielles. La proximité avec les patrons les plaçant souvent dans une position inconfortable, il faut un syndicat fort, bien structuré et qui fait partie de la solution. Quand j’ai commencé au syndicat, les gens étaient gênés de faire appel à nous. Aujourd’hui, c’est tout le contraire. »

Prendre les choses en main

C’est aussi cette fierté qui a mené Barbara Poirier à mettre sur pied un projet audacieux qui allait permettre à « ses filles », comme elle les appelle, d’améliorer leur sort.

« Pour passer de la classe 3 à la classe 2 ou de la classe 2 à la classe 1, il faut passer des tests. Une partie de ces examens sert à évaluer la maîtrise du français et c’est cela qui empêchait des filles de bien réussir leurs tests. » Après avoir contesté ces résultats à plusieurs reprises, en expliquant lors des CRT que cette lacune en français n’empêchait pas les employé-es de bien faire leur travail, Barbara Poirier a eu l’idée de mettre sur pied une formation. « Il fallait trouver une solution, car les plus anciennes n’étaient pas capables d’améliorer leurs conditions de travail. Seules les plus jeunes réussissaient à obtenir de meilleurs classements. L’ancienneté ne comptait plus. J’ai dit à l’employeur “je vais les former et toi tu vas faire repasser les examens à celles qui le souhaitent”. Il a dit oui. »

C’est ainsi qu’à l’automne 2014, à raison de deux midis par semaine, de soirs et de fins de semaine, plus de 80 personnes ont suivi la formation pendant neuf semaines. Toutes ces soirées consacrées à la mise sur pied de la formation, à la correction des nombreux exercices par Barbara Poirier et ses collègues, mais surtout tous les efforts déployés par les employé-es qui ont suivi la formation, ont porté leurs fruits. « Sur les 80 personnes qui ont suivi la formation, 95 % d’entre elles ont réussi », explique-t-elle en ajoutant qu’une nouvelle formation est en préparation. « Il y a encore du travail à faire ! »

Pour ce projet, Barbara Poirier s’est vue décerner l’une des prestigieuses bourses Fernand-Jolicoeur, soulignant ses fructueux efforts pour améliorer le sort de « ses filles ».

Les bourses Fernand-Jolicoeur de la CSN promeuvent et encouragent les efforts investis par les syndicats et les membres dans diverses activités de formation continue.

Bravo à Barbara Poirier et son équipe !

Un métier au centre de tout

Géraldine Dumé est infirmière auxiliaire depuis 10 ans à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal. D’abord membre de l’équipe volante, où elle a exercé dans tous les départements de l’hôpital, puis à l’urgence. Depuis quatre ans, elle travaille exclusivement en chirurgie-orthopédie.

Le métier d’infirmière et d’infirmier auxiliaire est d’abord et avant tout un métier technique, qui se pratique inévitablement en équipe. « On travaille en étroite collaboration avec les infirmières et les infirmiers. Puisque nous sommes beaucoup plus souvent en contact direct avec les patients, nous sommes celles qui doivent être à l’affût du moindre changement. Avec les préposé-es aux bénéficiaires, nous sommes les mieux placées pour remarquer des détails importants », explique Géraldine. « Nous faisons aussi beaucoup d’opérations techniques. Que ce soit les pansements, les premières levées après une opération ou la manipulation des machines de réadaptation, tout ça est de notre ressort », précise-t-elle. Les infirmières auxiliaires administrent aussi tous les types de médicaments, sauf ceux qui sont donnés par voie intraveineuse. « On installe le matériel pour les intraveineuses, on fait les injections sous-cutanées, on effectue les prises de sang, on prend la pression ».

Le rôle des infirmières auxiliaires dans le réseau

Toujours actives, les infirmières auxiliaires sont au cœur de l’action. Entre les patients et les infirmières, elles jouent un rôle pivot majeur. Sans elles, tout le travail tournerait au ralenti. Pourtant, il y a quelques années, la direction de l’Hôpital du Sacré-Cœur a jugé qu’elles ralentissaient les soins. « Il y a environ cinq ans, la direction a tassé les “inf-aux” de l’urgence. On disait que parce que nous ne pouvions pas prendre d’ordre verbal des médecins et qu’on ne pouvait pas annoter le dossier d’un patient, il fallait nous remplacer par des infirmières qui, elles, pouvaient effectuer ces tâches. Ce qui fait qu’aujourd’hui nous ne sommes plus présentes sur le plancher de l’urgence. Tout le travail est maintenant effectué par des infirmières, ce qui a occasionné toute une réorganisation du travail. C’est bien triste que la reconnaissance de notre profession doive demeurer une lutte de tous les instants », déplore Géraldine.

Relation avec le patient

Quand on est infirmière auxiliaire en chirurgie-orthopédie, le temps passé avec le patient est très court, maximum trois ou quatre jours. « On a peu de temps pour tisser des liens profonds. Ça dépend toujours du tempérament des personnes. Certaines sont attachantes et, rapidement, on développe de l’affection pour elles. D’autres fois, ça reste de l’ordre professionnel uniquement. Mais peu importe si la personne est attachante ou pas, j’aime toujours mes patients. J’adore surtout communiquer, échanger avec eux. J’aime voir des résultats encourageants, j’aime les voir prendre du mieux », explique l’infirmière auxiliaire.

Expertise acquise

Avec 10 ans d’expérience, Géraldine Dumé peut affirmer aujourd’hui qu’elle a confiance en elle. C’est d’ailleurs le premier conseil qu’elle donne aux nouvelles et aux nouveaux. « Je leur dis souvent, ayez confiance en vous. N’ayez pas peur de poser vos questions, n’ayez pas peur d’avoir l’air ridicule ». La mise à jour des compétences est aussi primordiale selon Géraldine. « Il faut suivre les formations disponibles, même si elles ne sont pas obligatoires. Aujourd’hui, si j’ai confiance en moi, c’est aussi beaucoup parce que j’ai fait partie de l’équipe volante. Ça m’a permis de toucher à tous les départements de l’hôpital et d’acquérir une expertise que je n’aurais pas eue autrement. Je suggère aux nouvelles “inf-aux” de travailler sur l’équipe volante. Et savoir qu’on est capable de toucher à tout, ça, c’est bon pour la confiance en soi ! »

La machine humaine a ses limites

L’intensification du travail et la précarité de l’emploi s’accentuent dans nos milieux de travail, tant dans le secteur public que dans le secteur privé, parfois au point de mettre en danger la santé et la sécurité des employé-es.

Le colloque Bilan et perspectives, tenu en novembre dernier sur le thème « La machine humaine a ses limites », a permis à quelque 350 militantes et militants de la CSN de mesurer les conséquences néfastes de l’accélération du travail et de partager leurs bons coups pour protéger leurs collègues de cette course à la productivité. Ainsi, une pléiade de conférenciers a guidé les discussions et aidé à dégager des pistes de solution.

Plus que jamais, les syndicats doivent agir

« Il faut s’impliquer, il faut mettre de la pression sur les employeurs, il faut créer des comités et négocier des clauses de convention collective », déclare Frédéric Gervais. Le président du Syndicat des travailleurs des Épiciers Unis Métro-Richelieu (FC-CSN) parle par expérience. Un système d’organisation du travail basé sur une étude de temps et mouvements a été imposé à l’entrepôt flambant neuf de Laval. Le syndicat a dû mettre son pied à terre pour faire valoir l’intérêt des membres auprès du géant de l’alimentation, afin d’atténuer les effets de la nouvelle technologie instaurée pour accroître la productivité.

Nicole Vézina, professeure au Département des sciences de l’activité physique de l’UQAM, confirme l’importance d’agir pour les syndicats. « Les représentants syndicaux sont les mieux placés pour repérer les cas d’intensification du travail, les décrire, les mettre en évidence et les apporter aux tables des comités paritaires. » De son côté, le Syndicat national des travailleurs des pâtes et papiers d’Alma (FIM-CSN) connaissait une relation harmonieuse avec l’employeur en matière de santé et sécurité du travail, avant que Produits forestiers Résolu ne mette un frein à la collaboration syndicale patronale en 2010. « Avant, les gens étaient contents de travailler dans l’usine. Aujourd’hui, ils attendent leur retraite », observe le président du syndicat, Jean-Pierre Lebel, déçu de la tournure des événements dans son milieu de travail. « Mais je suis venu dire que, même si on a tout perdu à cet égard, ça vaut la peine d’établir un partenariat. »

Conséquences sur la santé et la sécurité du travail

L’inertie devant des situations excessives d’intensification du travail peut s’avérer dévastatrice. Par exemple, l’effet des horaires atypiques et allongés vient s’ajouter aux difficultés de la conciliation famille-travail dans certains milieux. « On parle de troubles du sommeil et de l’alimentation, d’effets sur le cancer du sein et sur le diabète », affirme Mélanie Lefrançois, doctorante au programme interdisciplinaire en santé et société de l’UQAM. L’inertie devant des situations excessives d’intensification du travail peut s’avérer dévastatrice. Par exemple, l’effet des horaires atypiques et allongés vient s’ajouter aux difficultés de la conciliation famille-travail dans certains milieux. « On parle de troubles du sommeil et de l’alimentation, d’effets sur le cancer du sein et sur le diabète », affirme Mélanie Lefrançois, doctorante au programme interdisciplinaire en santé et société de l’UQAM.

Les incitations pour augmenter la cadence proviennent de partout. Le gouvernement impose l’austérité à ses employé-es, obligés de faire toujours plus avec moins. Dans le secteur privé, la mondialisation et la financiarisation de l’économie génèrent de fortes pressions sur les entreprises pour réduire les coûts et accroître le rendement. Ce sont des économies à très court terme qui engendrent des coûts humains importants à plus long terme.

Déjà, chaque année au Québec, il y a des dizaines de milliers de personnes accidentées et malades en raison du travail. Plus de 130 personnes en meurent. L’intensification du travail pourrait augmenter ce bilan. « On perd notre vie à la gagner. Ça n’a pas de bon sens, pas plus que de se rendre malade à travailler. Nous avons le devoir d’agir », conclut Jean Lacharité, vice-président de la CSN.

Une tarification illégitime

En septembre 2015, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, avait déposé une série d’amendements au projet de loi 20 adopté en novembre dernier. Ces modifications visent à légaliser la tarification de certains services de santé, mieux connue sous le nom de frais accessoires.

Bien que cette pratique — qui contrevient à la Loi canadienne sur la santé visant à garantir la gratuité des services et des soins — ait cours depuis de nombreuses années, le gouvernement libéral vient de la légaliser officiellement. Il ouvre ainsi la voie à une privatisation de plus en plus assumée du système de santé et des services sociaux.

Inquiet de l’expansion de ces frais, le comité de lutte en santé de la Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles a entrepris de documenter le sujet il y a quel­ques années. En février 2015, la cli­ni­que lance un registre visant à recueillir les témoignages des patients soumis à cette tarification. En novembre, elle sonne l’alarme en dévoilant un rapport qui dénonce une pratique qui constitue « un obstacle à l’accessibilité aux soins et aux services de santé  ».

Même si ses données sont limitées, le registre a tout de même permis de traiter 527 déclarations. Les soins ou services facturés concernent majoritairement les frais administratifs (34 %) et les médicaments ou agents anesthésiques (39 %). En moyenne, les frais facturés par les médecins généralistes s’élèvent à 63 $ et à 91 $ par les médecins spécialistes. Au total, 92 % des frais sont perçus dans des cliniques dites « privées » qui, pourtant, offrent des actes médicaux couverts par la RAMQ.

La peur du médecin…

Le registre permet de dresser un autre constat inquiétant, la peur du médecin ou la peur de le perdre. Ainsi, le tiers des personnes interrogées exige l’anonymat complet et plus de 80 % d’entre elles refusent que leur identité soit dévoilée. Pour les auteurs du rapport, « les peurs sous-jacentes à la déclaration de leur identité ne sont pas étrangères à la relation de pouvoir qui existe entre un médecin et son patient ».

Pour la clinique, « le développement de la pratique de la facturation [des soins médicaux] au sein de notre régime de santé public entraîne une barrière à l’accès aux soins pour la population ». Elle rappelle que les actes médicaux posés hors établissement sont majorés afin de permettre aux médecins de couvrir leurs frais administratifs. Cette surfacturation fait en sorte que cette pratique devient de plus en plus lucrative, créant ainsi une nouvelle pression sur le reste du réseau. Puisqu’il est plus payant de pratiquer en clinique privée, les médecins désertent le réseau public et les listes d’attente s’allongent.

Des recommandations partagées

La CSN s’est jointe à la Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles dans une large coalition réunissant des syndicats, le Regroupement de médecins pour un régime public, des avocats et d’autres groupes sociaux avec l’objectif de contrer la volonté du ministre Barrette de normaliser et légaliser les frais accessoires. Pour atteindre cet objectif, la clinique dresse une liste de recommandations dont l’abolition des frais facturés aux patients et le paiement par le ministère de la Santé et des Services sociaux des 50 millions de dollars qu’ils représentent. La clinique demande aussi au gouvernement fédéral d’intervenir directement afin de faire respecter la Loi canadienne sur la santé.

Pour Jean Lacharité, vice-président de la CSN, « il s’agit d’une initiative citoyenne remarquable qui permet de prendre toute l’ampleur de ce phénomène et des conséquences néfastes sur l’accessibilité aux soins. J’ai été personnellement frappé par le climat de peur qui peut régner dans la relation patient-médecin, alors que cela devrait être tout le contraire ».

Une histoire d’attentes et d’espoirs

Malgré leurs attaques soutenues, les conservateurs de Stephen Harper n’ont pas réussi à démanteler la Société Radio-Canada, mais ce n’est pas faute d’avoir essayé. Pour les artisans du diffuseur public, le règne Harper est synonyme de cauchemar. Les compressions répétées ont conduit à des mises à pied massives, à la disparition d’émissions phares, à la réduction des services et à des pertes importantes d’auditoire.

L’arrivée du nouveau gouvernement Trudeau laisse présager des « voies ensoleillées ». Les engagements des libéraux au cours de la dernière campagne fédérale redonnent de l’espoir, mais la partie n’est pas encore gagnée. Pour assurer son avenir et remplir sa mission, Radio-Canada a besoin d’un meilleur financement et d’une nouvelle gouvernance.

Depuis le 19 octobre et la mise au rancart des conservateurs, les auditeurs et artisans de Radio-Canada respirent un peu mieux. L’élection des libéraux a insufflé un certain vent de fraîcheur. Le pire semble avoir été évité. « Ça ne pourra pas être pire que ce qu’on a connu. Je pense qu’on vient de tourner une page désolante de l’histoire de cette grande institution qu’est Radio-Canada », affirme Alain Saulnier, ex-responsable de l’information de Radio-Canada. Auteur du livre Ici était Radio-Canada, monsieur Saulnier enseigne le journalisme à l’Université de Montréal. « Ce qui s’est produit au cours des dernières années, c’est une tentative de démembrer et d’étouffer Radio-Canada et je pense que s’il en avait eu la possibilité, le gouvernement Harper aurait même pu fermer complètement cette boîte-là. Il ne l’a pas fait, mais de façon très sournoise, il a cherché à étouffer cette institution. »

Jacques Létourneau, président de la CSN, est du même avis : « Le départ des conservateurs est probablement la meilleure des nouvelles. Ils avaient décidé d’en découdre et d’en finir avec Radio-Canada. Leur objectif était d’affaiblir le diffuseur public et de le faire disparaître, parce qu’ils n’étaient pas capables de le contrôler idéologiquement. Même si on enregistrait des surplus budgétaires à Ottawa, on frappait sur Radio-Canada parce qu’on voulait fermer le diffuseur public. »

Des années difficiles

Les années du gouvernement Harper ont laissé de profondes cicatrices à Radio-Canada. L’agonie des services français s’est traduite par la perte de 657 emplois en 2014, de plus de 600 en 2012 et de près de 800 en 2009, selon les données compilées par le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC-CSN). Les crédits parlementaires alloués à Radio-Canada/CBC n’atteignent aujourd’hui que 60 % de la valeur de 1990.

Sans oublier le plan de redressement Un espace pour tous lancé en juin 2014. D’ici 2020, des compressions supplémentaires de 100 millions de dollars provoqueront la perte de 1500 emplois. Isabelle Montpetit, présidente sortante du SCRC-CSN, qui regroupe 3200 membres au Québec et à Moncton, constate que « Radio-Canada a décidé d’abandonner une grande partie de la production à l’interne, tout ce qui concerne la télévision générale, les téléséries, les émissions de variétés, l’enregistrement des concerts classiques. On vend aussi les équipements et les infrastructures, incluant les studios. On abandonne les citoyens en région en réduisant de moitié la durée des bulletins télévisés de 18 h. »

Renverser la vapeur

L’arrivée du gouvernement Trudeau pourrait cependant changer la donne, puisque le Parti libéral a promis de soutenir le diffuseur public, en prenant des engagements fermes avant et pendant la campagne électorale (voir encadré « Les engagements des libéraux »). Pierre Maisonneuve, porte-parole du mouvement « Tous amis de Radio-Canada », milite depuis plusieurs mois pour la survie de Radio-Canada. « Le Parti libéral du Canada a pris des engagements précis à l’endroit de Radio-Canada. Les libéraux ont pris fait et cause en faveur de Radio-Canada, en particulier Stéphane Dion. On a vu l’actuel ministre des Affaires étrangères dans des manifestations citoyennes en faveur de Radio-Canada. Donc, il y a des signes encourageants. » Il souligne que la nouvelle ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, a appuyé publiquement la campagne menée par « Tous amis de Radio-Canada » et a participé à la marche de solidarité qui s’est rendue à Ottawa à l’automne 2015. M. Maisonneuve ajoute que « le nouveau premier ministre souhaite aussi un diffuseur public fort » et que lors de leur rencontre avec Justin Trudeau, il leur avait clairement dit que « le Canada qu’il faut construire a besoin que la Société Radio-Canada soit forte et indépendante. »

Indépendance, le mot qui revient sur toutes les lèvres. Car au-delà du financement de Radio-Canada, ce qui préoccupe plusieurs, c’est sa gouvernance. Les membres de l’actuel conseil d’administration ont été nommés par le gouvernement Harper. Il faut revoir ce mode de nomination, soutient Alain Saulnier : « J’ai toujours espoir qu’on pourra renverser la vapeur. On a là un gouvernement qui a été élu en promettant de redonner une vision à Radio-Canada. Les libéraux ont aussi pris des engagements sur le mode de gouvernance. On s’attend à ce que la règle de nomination des administratrices et des administrateurs soit revue et corrigée, car ce qui m’inquiète c’est que l’actuelle direction de Radio-Canada n’a, à mon point de vue, aucune crédibilité et aucune légitimité. On a l’impression que le nouveau gouvernement fédéral pourrait très bien dire à Radio-Canada : débarrassez-vous de votre PDG et vous obtiendrez les millions promis. Je pense que ce n’est qu’une question de temps avant que les pressions soient suffisamment fortes pour que le PDG, Hubert Lacroix, soit mis à la porte. Moi, je n’ai plus aucune confiance en lui, je n’ai plus aucune confiance dans l’actuel conseil d’administration. Il faudra apporter des correctifs et des changements à la gestion et à la haute direction de Radio-Canada pour qu’on puisse réparer ce qui a été brisé. »

Pour Isabelle Montpetit, présidente sortante du SCRC, dont les membres ont maintes fois réclamé la démission du PDG de Radio-Canada, l’arrivée des libéraux ouvre une nouvelle perspective et ravive les espoirs : « C’est intéressant pour nous, mais on va s’assurer de maintenir la pression pour que les promesses électorales soient réalisées rapidement en matière de gouvernance. Le mandat donné à la nouvelle ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, c’est de réinvestir dans Radio-Canada et de résoudre les problèmes de gouvernance. »

Daniel Giroux, secrétaire général du Centre d’études sur les médias, réclame lui aussi des changements. « Il faut revoir le processus de nomination des membres du CA pour s’assurer de revenir à une époque où l’administration de Radio-Canada était totalement indépendante du pouvoir politique, ce qui n’était pas le cas sous le régime de Stephen Harper. Avec le précédent gouvernement, on a vu que c’est très dangereux quand trop de membres de la direction de Radio-Canada ont des antécédents politiques, et tous de même nature. » Il ajoute que « si Radio-Canada retrouve davantage de moyens et une indépendance réelle, elle sera plus en mesure de jouer son rôle dans les sociétés québécoise et canadienne ».

Pierre Maisonneuve y voit là une condition essentielle pour assurer l’avenir de Radio-Canada. « Il faut absolument revoir le processus de gouvernance, la nomination du PDG et des administrateurs de Radio-Canada. Il faut garantir leur indépendance et leur compétence. Si rien n’est fait de ce côté-là, je demeure perplexe pour l’avenir de Radio-Canada. »

Pour le président de la CSN, Jacques Létourneau, si les libéraux tiennent leurs promesses, c’est une bonne nouvelle. Pour ce qui est du financement, « c’est sûr qu’il y a un coup de barre à donner. Le financement public de Radio-Canada est un des plus faibles en Occident lorsqu’on observe ce que les États investissent dans des diffuseurs comparables à Radio-Canada. Des milliers d’emplois ont disparu à Radio-Canada, c’est un non-sens pour un diffuseur public. M. Trudeau s’est engagé en campagne électorale, c’est sûr qu’on va le talonner pour que la job soit faite ».

En ce qui concerne la gestion de Radio-Canada, le président de la CSN ajoute « qu’en matière de gouvernance, c’est clair que les conservateurs avaient une volonté de contrôler Radio-Canada de l’intérieur en plaçant des gens au conseil d’administration, on va donc souhaiter une gouvernance plus indépendante. L’État finance, mais en même temps, il faut une séparation claire sur le plan politique pour protéger la mission de Radio-Canada ».

Une mission à préserver

« C’est la mission même de Radio-Canada, comme diffuseur public, qui doit être préservée et gardée en mémoire », ajoute le ministre québécois responsable de la Francophonie canadienne, Jean-Marc Fournier, qui plaide depuis 2014 pour la survie de Radio-Canada. Avec son homologue Madeleine Meilleur, procureure générale et ministre déléguée aux Affaires francophones de l’Ontario, ils ont commandé un rapport d’expert intitulé Le financement de Radio-Canada : état de la situation et pistes de solution, qui propose une série de mesures permettant au radiodiffuseur public de remplir pleinement son mandat auprès des communautés francophones et acadienne. Le ministre Fournier soutient que « le nouveau gouvernement fédéral devrait bien lire les articles pertinents de la Loi sur la radiodiffusion, les afficher au mur pour se rappeler constamment l’importance de ce média national qui doit refléter la diversité de la francophonie de ce pays. Le diffuseur public doit réfléchir à la façon dont il assure sa mission. Radio-Canada dit qu’il est important de revoir les plateformes, de revoir la plomberie pour s’adapter aux nouvelles conditions, ça me semble normal, mais ce n’est certainement pas en vidant le produit qui circule dans la plomberie. Le contenu doit y être et c’est ce à quoi on s’attend avec les réinvestissements qui vont y être consentis. » Autre élément important, selon Daniel Giroux du Centre d’étude sur les médias, c’est la préservation de l’offre francophone pour les francophones hors Québec.

Au-delà de tous ces facteurs, Alain Saulnier estime que le nouveau gouvernement Trudeau devra aussi « revoir entièrement la Loi sur la radiodiffusion. Cette loi-là date d’une époque où Internet n’existait même pas. Il y a là énormément de travail. Il faut aussi revoir le modèle de financement des médias qui est en train de s’effondrer actuellement. La publicité ne peut plus faire vivre les médias. Tous les médias, publics ou privés, vont devoir affronter ce défi ».

Un appui public incontestable

Les Canadiennes et les Canadiens sont attachés à leur diffuseur public, la tournée menée par « Tous amis de Radio-Canada » à travers tout le Québec l’a bien démontré, rappelle Pierre Maisonneuve. « Dans toutes les rencontres menées en région, les gens ont manifesté leur affection pour Radio-Canada et leur besoin de ce diffuseur public. Les gens aiment leur diffuseur public et ça ne se dément pas. J’ai bien senti la pénétration de Radio-Canada dans les régions. »

Même les parlementaires québécois ont éprouvé le besoin de se porter à la défense de Radio-Canada en adoptant, en novembre 2014, une motion unanime d’appui au diffuseur public. Manon Massé, députée de Québec Solidaire dans la circonscription de Sainte-Marie–Saint-Jacques, est l’instigatrice de cette motion d’appui. « Radio-Canada joue un rôle important et je voulais que mes collègues de l’Assemblée nationale disent aux gens qui y travaillent qu’ils ne sont pas seuls dans cette lutte. Qu’ils disent aussi au gouvernement fédéral que nous avons besoin d’un diffuseur public fort pour être bien informés des grands enjeux de notre société. Et enfin, que le gouvernement fédéral se devait d’offrir à Radio-Canada les moyens nécessaires pour respecter ses obligations en vertu des lois fédérales. »

« Sur le plan de la culture et du fait français, conclut Jacques Létourneau, si ça n’avait pas été de Radio-Canada, je ne sais pas si on aurait encore accès à une culture francophone de qualité, en théâtre, en musique ou en littérature. C’est évident que Radio-Canada a joué un rôle fondamental dans l’histoire du Québec et du peuple québécois. Comme organisation syndicale, on va s’assurer de faire des représentations auprès de personnes du gouvernement canadien qui ont des responsabilités financières, mais également auprès du ministère du Patrimoine canadien, et même du bureau du premier ministre. C’est clair que Radio-Canada va faire partie de nos priorités. »


Un départ prometteur

Réunis à Shawinigan les 26 et 27 novembre dernier, près de 30 syndicats du sous-secteur de l’hôtellerie de la Fédération du commerce–CSN ont adopté leur plateforme de revendications communes en vue de la prochaine négociation coordonnée. Le protocole de fonctionnement ainsi que le fonds d’appui en vue de ce neuvième cycle de négociation coordonnée ont également été entérinés par la centaine de représentantes et de représentants syndicaux présents.

Au cours des semaines qui ont suivi, chaque syndicat a consulté ses membres en assemblée générale pour qu’ils décident de prendre part ou non à la négociation coordonnée du sous-secteur de l’hôtellerie de la FC-CSN qui aura lieu en 2016. Cette démarche volontaire et démocratique constitue la base même de cette stratégie de négociation.

Le fonds d’appui : un outil solidaire

Toujours lors de cette rencontre du sous-secteur de l’hôtellerie, les représentants syndicaux ont adopté à l’unanimité une résolution afin de se doter d’un fonds d’appui pour soutenir les syndicats qui pourraient être en conflit.

La cotisation à ce fonds a été fixée à 2 $ par personne par semaine. Dans le but de signifier aux employeurs que le sous-secteur de l’hôtellerie est déterminé à réaliser des gains, cette contribution au fonds d’appui débutera à compter du 1er mars 2016 et cessera lorsque le dernier syndicat participant à la négociation aura réglé et renouvelé sa convention collective.

En adhérant à la négociation coordonnée, les syndicats décident donc aussi d’appuyer financièrement celles et ceux qui auraient à subir un conflit de travail pour en arriver à un règlement.

Le protocole de coordination

La réussite d’une négociation coordonnée repose sur un protocole de fonctionnement qui permet aux syndicats participants de structurer leur stratégie de négociation et de mobilisation pour la durée de l’exercice.

En adoptant et en signant le protocole de négociation coordonnée, chaque syndicat s’engage envers tous les autres à :

  • Déposer et négocier les demandes communes de la plateforme de négociation ;
  • Coordonner ses négociations et ses stratégies avec les autres syndicats ;Faire approuver par les autres syndicats des contrepropositions inférieures aux demandes communes avant de les déposer à sa table de négociation ;
  •  Participer au fonds d’appui.

La négociation coordonnée : une stratégie gagnante

Le sous-secteur de l’hôtellerie préconise la stratégie de la coordination de leur négociation depuis 1986. Celle-ci fut d’abord mise en œuvre dans la région de Québec, puis à Montréal l’année suivante. Au fil du temps, des milliers de travailleuses et de travailleurs de l’hôtellerie ont fini par obtenir de meilleures conditions de travail en revendiquant leur juste part de la richesse générée par l’industrie hôtelière du Québec. Le thème de cette année « Ensemble, nous sommes l’hôtellerie » — où l’on peut entrevoir un second message qui révèle qu’« Ensemble, nous sommes hot » —, souligne toute la puissance de cette manière innovante de concevoir la négociation. Une nouvelle négociation à suivre !

Les revendications de la négociation coordonnée de l’hôtellerie 2016

1) Obtenir davantage de reconnaissance pour les années de service

Afin de faire reconnaître leurs années de service, les travailleuses et les travailleurs du sous-secteur de l’hôtellerie demandent une amélioration de l’indemnité de vacances reçue annuellement par l’ajout de 0,5 % du salaire gagné par semaine de vacances. Puisque le nombre de semaines de vacances augmente avec les années de service, cette hausse leur offrirait une reconnaissance de la loyauté dont ils font preuve chaque jour envers leurs employeurs.

2) Obtenir une meilleure protection des emplois et de meilleures compensations

Les salarié-es de l’hôtellerie revendiquent l’introduction d’une disposition dans leurs conventions collectives visant à empêcher les abolitions fictives de postes ou les fusions des classifications que plusieurs d’entre eux ont malheureusement vécues ces dernières années.

Ils réclament également l’introduction ou l’amélioration d’une indemnité de départ qui serait versée en compensation lorsqu’un employeur met fin à des emplois dans les situations suivantes : changements technologiques, abolitions réelles de classifications, fermeture de département ou de l’hôtel, ou encore changement de vocation de l’établissement. Dans tous ces cas, une compensation de 2000 $ par année de service serait versée, sans plafond, à tous les salarié-es touchés directement ou indirectement par ces décisions et qui perdent leur emploi.

3) Consentir une convention collective de quatre ans, mais pas sans contrepartie

Les deux dernières négociations coordonnées ayant toutes deux abouti à des contrats de quatre ans, les membres sont conscients du désir des employeurs de renouveler les conventions collectives pour une période équivalente.

Cependant, cette durée ne sera acceptée qu’en contrepartie d’une augmentation plus importante des salaires lors de cette quatrième année.

4) Profiter de la croissance prévue dans l’hôtellerie

Dans son Plan de développement de l’industrie touristique 2012-2020, Tourisme Québec précise que d’ici 2020, l’industrie touristique québécoise s’est fixé pour objectif d’augmenter ses recettes à 18,9 milliards de dollars, soit une croissance annuelle moyenne de 5 %. Cette croissance ne tient pas compte du fait que la diminution du nombre d’unités disponibles pour la clientèle exerce une pression à la hausse sur les taux d’occupation, ce qui entraîne une augmentation des revenus pour les employeurs.

Puisque les travailleuses et les travailleurs de l’hôtellerie sont à la source de cette croissance des recettes, il est tout à fait légitime qu’ils reçoivent leur juste part du gâteau. Voilà pourquoi ils revendiquent les augmentations salariales suivantes : 2016 4 % 2017 4 % 2018 4 % 2019 5 %


À la Fédération du commerce–CSN, l’hôtellerie fait partie du secteur 4 – Tourisme qui est composé de 93 syndicats affiliés provenant de plusieurs régions du Québec et qui compte près de 7700 membres. Celui-ci est divisé en trois sous-secteurs : l’hôtellerie, les loisirs et la restauration.