Soutien au journalisme

8 septembre 2018

Des signaux positifs d’Ottawa

Nous devrons trouver de nouvelles façons de financer le journalisme, car l’hécatombe actuelle (près de 50 % des emplois de la presse écrite disparus en moins de 10 ans) nécessitera des mesures multiples, costaudes et structurantes.

La crise économique qui secoue les médias d’information, particulièrement la presse écrite, est reconnue depuis plusieurs années. Si des solutions sont aussi connues, leur mise en application tarde toujours.

Certains signaux provenant d’Ottawa indiquent toutefois que notre gouvernement s’apprête enfin à jouer son rôle afin de garantir la liberté de la presse consacrée dans nos chartes et son corollaire, le droit du public à l’information. Ce n’est pas tout d’afficher ces valeurs, encore faut-il en avoir les moyens.

Plusieurs coupables sont montrés du doigt pour expliquer la baisse de revenus qui fragilise nos médias (géants du web, iniquités fiscales et réglementaires, non-respect des droits d’auteur, etc.), mais la responsabilité d’assurer la pérennité de l’information journalistique reste encore, elle, à être assumée. Pendant plusieurs décennies, voire plus d’une centaine d’années, informer la population canadienne a constitué une occasion d’affaires lucrative et nous avons été collectivement satisfaits de confier cette tâche en grande partie à des entreprises privées.

En déclin

Maintenant que les revenus ne sont plus au rendez-vous, nos grandes entreprises délaissent ce marché pour lequel l’avenir financier est peu reluisant. Plusieurs grosses transactions confirment cette tendance : celle entre Torstar et Post Media, la vente des hebdos de Québecor à TC Médias puis à d’autres particuliers, la vente des journaux régionaux de Gesca à Groupe Capitales Médias, le transfert de La Presse à une fiducie d’utilité sociale, la fermeture de nombreuses publications (plus de 275 hebdomadaires et 25 quotidiens au Canada), etc.

Dans ce contexte, si nous jugeons que notre société a encore besoin de journalistes pour être nos yeux et nos oreilles dans les lieux de pouvoir d’où nous sommes autrement exclus, une restructuration complète s’impose.

Nous devrons trouver de nouvelles façons de financer le journalisme, car l’hécatombe actuelle (près de 50 % des emplois de la presse écrite disparus en moins de 10 ans) nécessitera des mesures multiples, costaudes et structurantes.

L’information journalistique doit être traitée non plus comme une simple marchandise, mais plutôt comme un bien public, et ce, pas seulement dans les principes, mais également dans nos politiques, dans les réglementations, dans la fiscalité et son financement. En contrepartie, cette information devra être de grande qualité, diversifiée, plurielle et accessible.

Rappelons que la plupart des pays démocratiques soutiennent déjà le journalisme de nombreuses façons. Le Canada, quant à lui, est un cancre en cette matière, que ce soit pour le financement de notre diffuseur public ou de la presse écrite.

En ce sens, les récentes déclarations de Justin Trudeau, qui dit vouloir soutenir le journalisme, sont une bonne nouvelle. Il en est de même des propos du nouveau ministre du Patrimoine, Pablo Rodriguez, annonçant qu’il devra « travailler avec les organismes médiatiques afin d’examiner les moyens qui permettront au gouvernement de soutenir davantage la transition vers les médias numériques ». Cependant, plusieurs pièges restent à éviter, dont celui de l’ingérence politique : les mesures devront être universelles et s’appuyer sur des critères clairs et objectifs.

Ensuite, il est faux de prétendre que le défi pour nos médias traditionnels est de prendre le virage numérique, car ils l’ont tous déjà fait. Tout miser sur les technologies serait au contraire une terrible erreur.

Ce qui doit être soutenu et qui représente la majeure partie des dépenses est la mission même des médias d’information, soit la production de contenus journalistiques.

Également, les citoyens ne peuvent être les seuls à contribuer au financement de l’information par l’entremise de leurs impôts et taxes. Cela constituerait une injustice flagrante face aux entreprises qui s’enrichissent grassement avec le journalisme comme les fournisseurs d’accès internet (FAI) ou les plateformes telles que Facebook et Google. D’ailleurs, ces dernières, en compagnie d’Amazon et Apple, sont parmi les entreprises les mieux capitalisées de la planète.

Elles devront un jour ou l’autre retourner une partie de leurs faramineux profits vers la production des contenus qui enrichissent leurs plateformes et qui en font leur intérêt. Au Canada, en télévision, une telle redistribution existe déjà grâce au Fonds canadien des médias. Celui-ci, financé par une redevance versée par les câblodistributeurs, soutient la production de contenus télévisuels. Une formule semblable impliquant les FAI et les géants du web pour le journalisme est tout à fait possible.

Nous n’avons plus le luxe du temps. Nos médias ont besoin d’air dans l’immédiat, et des crédits d’impôt sur la masse salariale seraient une bonne solution temporaire, le temps de réinventer ce secteur. Nous sommes à la croisée des chemins. Les gens qui travaillent dans les médias le savent, nos politiciens aussi et une bonne partie de la population a saisi l’urgence. Peut-on imaginer ce que seront les prochaines élections si nos piliers de l’information journalistique s’écroulent ? Que restera-t-il ? Les ouï-dire, les promesses jamais vérifiées, les communiqués et les « lignes » de relations publiques.

Pascale St-Onge, présidente de la Fédération nationale des communications

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Région
  • L'ensemble du Québec
Source
Fédération nationale des communications (FNC–CSN)

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